Europe orientale : les ravages causés par l’interdiction des traitements de substitution

Écouter /

 

Michel Kazatchkine, Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies sur le VIH/SIDA pour l’Europe de l’Est et l’Asie centrale (Photo : ONU/Jenny Rockett)

L'Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le VIH/Sida en Europe orientale et en Asie centrale, Michel Kazatchkine, regrette que depuis l'annexion ce printemps de la Crimée par la Fédération de Russie, les autorités locales ont mis fin aux programmes de traitements de substitution aux opiacés destinés à réduire les risques d’acquisition du virus du sida (VIH) ou de ceux des hépatites virales par les injecteurs de drogues.

Près de 800 personnes bénéficiaient, en Crimée, de ces programmes, financés par le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme et qui avaient permis à l’Ukraine de stabiliser la progression de l’épidémie due au VIH, contrairement à ce qui se passe en Fédération de Russie, où se produisent 55 % des nouvelles infections dans la zone européenne. Quoique différent, le problème existe également en raison du conflit que connait l'est de l'Ukraine.

Michel Kazatchkine déplore le fait qu'en l'espace de quatre à six semaines, les personnes concernées en Crimée se sont vues interdire l'usage de la méthadone, ce qui a entraîné de nombreux drames, notamment des suicides. On estime qu'au moins 80 personnes en sont mortes.

En l'espace d'à peine dix ans, le nombre de personnes porteuses du VIH/Sida dans la Fédération de Russie est passé de 170 000 à 1,2 million de personnes. Cette région du monde est celle où la progression du Sida continue de croître à la vitesse la plus rapide. Cette forte augmentation est principale due à l'usage des drogues et au refus des autorités de recourir à des traitements à base de méthadone, un médicament qui a fait ses preuves dans nombres de régions du monde.

Le Docteur Kazatchkine ne s'explique pas le refus des autorités russes qui sont de facto celles de tutelle de la Crimée. Il souligne que cela va à l'encontre des conclusions de la communauté scientifiques, mais aussi des recommandations de l'ONU et de ses trois agences et programmes compétents, à savoir, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/Sida (ONUSIDA) et l'Organisation des Nations Unies chargée de la lutte contre la drogue et le crime (ONUDC).

Michel Kazatchkine compte profiter de sa prochaine rencontre avec le Secrétaire général, à New York, pour tenter de faire revenir la Russie sur son opposition à la méthadone, même s'il avoue rester pessimiste.

(Interview : Michel Kazatchkine, Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour le VIH/Sida en Europe orientale et en Asie centrale; propos recueillis par Jérôme Longué)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
20/10/2017
Loading the player ...