L'expert de l’ONU appelle l’Europe à miser sur la mobilité des migrants pour reprendre le contrôle de ses frontières

Écouter /

«

François Crépeau (UN Photo)

L’Union européenne doit miser sur la mobilité afin de reprendre le contrôle de ses frontières», déclare le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l'homme des migrants, François Crépeau, à l'issue d'une visite à Bruxelles.

«Le statu quo ne est pas viable », a averti François Crépeau à la fin de son séjour dans la capitale européenne, la troisième et dernière composante de son étude de suivi sur la gestion des frontières extérieures de l'Union européenne (UE) lancée en 2012. «En continuant d’investir des ressources financières et humaines essentiellement sur la sécurisation de ses frontières, l’Europe continuera certainement à perdre le contrôle de ses frontières. »

«Miser sur la mobilité signifie que l’objectif global est d’avoir des migrants utilisant des canaux officiels pour entrer et séjourner en Europe », a-t-il dit. «Pour cela, les États membres de l’UE doivent accepter que les migrants vont continuer à venir, quoi qu'il advienne, et de leur offrir des incitations à utiliser les canaux réguliers, car ceux-ci répondront à leurs besoins, ainsi qu'aux besoins économiques et sociaux de l’Europe. »

Les migrants et les demandeurs d’asile se déplacent en raison des facteurs d’incitation dans leur pays d’origine, qui peuvent comprendre la guerre, les conflits, les catastrophes naturelles, la persécution ou l’extrême pauvreté, ainsi qu'en réponse à des facteurs d'attraction tels que les besoins non reconnus du marché du travail des États membres de l'UE. «Ces facteurs ne devraient pas changer dans un avenir prévisible», a déclaré l’expert.

On estime actuellement qu’en 2014 plus de 150 000 migrants et demandeurs d’asile sont arrivés en Europe par la mer, par rapport à 80 000 en 2013.

Le Rapporteur spécial a noté que l'UE ne doit pas s'attendre à ce que les Syriens, par exemple, vont vivre au Liban et en Turquie indéfiniment, car ils n'ont pas de perspectives viables pour une vie meilleure pour eux-mêmes ou leurs familles tandis que l'UE tarde à s'engager en faveur d'un programme réinstallation des réfugiés. «Si rien d’autre n'est disponible pour eux, ils tentent leurs chances avec les passeurs afin d'avoir un avenir pour eux-mêmes et leurs enfants, comme beaucoup d’entre nous feraient dans des circonstances similaires, » a-t-il dit.

« Toute tentative de fermeture des frontières – que le discours populiste nationaliste réclame avec véhémence – continuera à échouer sur une grande échelle », a souligné M. Crépeau. “L'étanchéité des frontières internationales est impossible. Les migrants continueront d’arriver malgré tous les efforts pour les arrêter, au prix de pertes en vies humaines et de souffrances, si rien n'est mis en place. L'Italie a reconnu ce fait et en raison a lancé l'Opération de recherche et de sauvetage Mare Nostrum pour laquelle elle doit être félicitée. »

Pour éviter que les demandeurs d’asile empruntent des voies terrestres et maritimes dangereuses, les États européens, en partenariat avec les autres États du Nord, devraient mettre en œuvre un important programme de réinstallation des réfugiés, étalé sur plusieurs années, avec une clé de répartition pour l’attribution des responsabilités. Le commissaire de l’UE pour les migrations, l’intérieur et de la citoyenneté, M. Avramopoulos a déjà lancé un appel en faveur de propositions et d'initiatives similaires telles que celles prises par la Suède, l’Allemagne et l’Autriche.

L’expert a également appelé l’Europe à ne pas « ignorer aveuglément les facteurs d’attraction de la migration irrégulière», tels que les besoins non reconnus pour les travailleurs migrants sur les marchés européens souterrains du travail. «Les États membres de l’UE devraient reconnaître les besoins réels en matière de travail, y compris pour le travail faiblement rémunéré, » a-t-il noté.

Au cours de sa visite de quatre jours à Bruxelles, effectué du 2 au 5 février, l’expert indépendant a rencontré une série de fonctionnaires de l’UE chargés de la gestion des frontières, les organisations internationales et les organisations de la société civile, pour discuter de la gestion complexe des frontières de l’UE, en se concentrant notamment sur la question des migrants et des demandeurs d’asile arrivant par bateau.

Le Rapporteur spécial présentera un rapport thématique sur la gestion des frontières de l’UE au Conseil de droits de l’homme des Nations Unies en juin 2015.

(Interview : François Crépeau, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l'homme des migrants; propos recueillis par Daniel Johnson)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
16/10/2017
Loading the player ...