Afghanistan/ONU: un rapport sur les tortures des détenus fait état de progrès

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Le Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Afghanistan, Nicholas Haysom. Photo : Fardin Waezi/MANUA

Certains progrès ont récemment été réalisés concernant le traitement des prisonniers liés au conflit en Afghanistan dans les centres de détention gouvernementaux, alors que les autorités du pays se sont engagées à accélérer l’élimination totale de la torture à l’encontre des détenus, indique un nouveau rapport de l’ONU rendu public mercredi.

Coréalisée par la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) et le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, cette nouvelle et troisième étude sur le sujet se fonde notamment sur des entretiens réalisés avec 790 détenus liés au conflit entre février 2013 et décembre 2014 et avec les forces de sécurité, la police et les autorités judiciaires afghanes.

Selon le rapport, un tiers de tous les détenus interrogés ont déclaré avoir subi des mauvais traitements ou des tortures, soit une diminution de 14% par rapport à la période précédente.

« Les efforts entrepris par le gouvernement de l’Afghanistan pour prévenir la torture et les mauvais traitements se sont traduits par des progrès au cours des deux dernières années », s’est félicité le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afghanistan et chef de la MANUA, Nicholas Haysom, dans un communiqué de presse à Genève annonçant la publication du rapport. « Il reste encore beaucoup à faire, cependant, et je me réjouis de la volonté immédiate de la nouvelle administration de mettre fin à ces pratiques ».

L’amélioration constatée dans le rapport est en effet attribuable à de nouvelles directives gouvernementales interdisant la torture, à une augmentation des inspections dans les établissements de détention, à une formation axée sur les techniques d’interrogatoire alternatives ainsi qu”à d’autres mesures contenues dans un décret présidentiel afghan datant de février 2013.

Cependant le nouveau rapport met en évidence la persistance des mauvais traitements et des tortures contre les détenus, pour l’essentiel des personnes suspectées d’être des Talibans ou des membres de groupes anti-gouvernementaux. Le rapport fait notamment état de seize méthodes de torture et de mauvais traitements, y compris des coups sévères portés avec des tuyaux, des câbles et des bâtons, ainsi que des tortures par suspension, choc électrique et asphyxie.

L’étude révèle également une persistance de l’impunité pour les crimes commis et fait état d’une seule poursuite pénale pour torture depuis 2010, malgré les nombreux cas identifiés et vérifiés.

L’étude met par ailleurs en évidence un certain nombre de rapports jugés crédibles, attestant de l’existence de lieux de détention non officiels utilisés par les autorités afghanes dans plusieurs régions. Elle appelle par conséquent le gouvernement afghan à identifier ces lieux et à les fermer dans les plus brefs délais.

« La torture est un crime très grave, pour lequel il ne peut y avoir aucune justification. Son interdiction à l’échelle internationale est absolue. Nous avons constaté de nombreux exemples démontrant à quel point son utilisation porte atteinte à la sécurité nationale et se révèle contre-productive », a déclaré de son côté le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein.

(Mise en perspective : Isabelle Dupuis)

 

Classé sous Droit et crime, L'info.
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12/12/2017
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