Le HCR recommande à la Grèce de ne pas refouler les demandeurs d’asile

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Une mère et son enfant dans un centre de détention en Grèce. Photo: HCR/J.Björgvinsson

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) s’est félicité vendredi des réformes engagées par la Grèce concernant les demandeurs d’asile en cette période de difficultés économiques et lui a recommandée de ne pas refouler des demandeurs d’asile.

« L’année dernière, la Grèce était l’un des pays de la Méditerranée à être le théâtre d’une augmentation spectaculaire des arrivées de réfugiés et de migrants par la mer », a expliqué un porte-parole du HCR, William Spindler, lors d’une conférence de presse à Genève, au cours de laquelle il a présenté le nouveau rapport de l’agence évaluant la situation des demandeurs d’asile en Grèce durant le dernier trimestre 2014.

Le rapport  du HCR recommande également que les autres pays de l’Union européenne (UE) traitent eux-mêmes les demandes d’asile sur leur sol plutôt que de retourner les demandeurs d’asile vers la Grèce, comme le stipule le règlement de Dublin qui soutient que l’État membre responsable pour une demande d’asile est l’état par lequel le demandeur d’asile a premièrement fait son entrée dans l’UE .

En tout, près de 43.500 personnes sont arrivées après une traversée maritime, soit une augmentation de 280% par rapport à l’année 2013. Environ 60% des arrivants étaient des Syriens, mais d’autres ressortissants sont également arrivés en nombre : des Afghans, des Somaliens et des Erythréens. Beaucoup d’entre eux continuent leur voyage vers d’autres Etats de l’UE.

Selon le HCR, parmi les principaux problèmes du système d’asile en Grèce, il existe notamment des difficultés à accéder à la procédure d’asile, un arriéré permanent de cas non résolus selon l’ancienne procédure, un risque de détention arbitraire, des conditions d’accueil insuffisantes, un manque d’identification et de soutien pour les personnes ayant des besoins spécifiques, des refoulements à la frontière, des inquiétudes sur les perspectives d’intégration et de soutien pour les réfugiés, et enfin la xénophobie et la violence raciste.

L’obtention du statut de réfugié demeure difficile d’abord en raison d’un manque de bureaux régionaux pour le traitement des demandes d’asile et un manque de personnel dans les services pour l’octroi d’asile. Une personne qui veut demander le statut de réfugié et qui ne peut s’enregistrer ou omet de le faire rapidement peut être menacée de retour et, potentiellement, refoulement – ce qui veut dire être expulsé vers un pays où sa vie ou sa liberté pourraient être en danger.

Malgré les efforts des autorités pour traiter un arriéré de quelque 37.000 procédures d’appel en application de l’ancienne procédure, les retards demeurent dans le traitement des dossiers de demande d’asile. Les personnes qui souhaitent demander l’asile peuvent être détenues sans aucune évaluation individuelle ni qu’aucune alternative à la détention ne soit examinée. D’autres personnes ayant déposé des demandes d’asile et qui sont en détention y restent au moins jusqu’à ce que leur demande d’asile soit enregistrée, ce qui peut durer des mois.

« Le HCR est également préoccupé par des informations faisant état de pratiques à la frontière qui pourraient menacer la vie des réfugiés et des migrants », a dit le porte-parole. « L’intensification des mesures de contrôle mises en place depuis 2010 a donné lieu à une diminution du nombre des personnes qui essaient d’entrer par la frontière terrestre entre la Grèce et la Turquie. Les entrées par la mer ont augmenté ».

Selon le HCR, les perspectives d’intégration et les mesures de soutien envers les réfugiés sont pratiquement inexistantes. Beaucoup sont marginalisés ou exclus en l’absence de mesures concrètes pour l’intégration.

La protection et l’intégration sont par ailleurs entravées par la xénophobie et la violence raciste contre les migrants et les réfugiés. Par exemple, le Réseau d’enregistrement des violences racistes (RVRN), un réseau de coordination d’organisations de la société civile appuyé par le HCR, a enregistré 65 incidents durant les neuf premiers mois de 2014, avec des attaques physiques dans les lieux publics contre les migrants et les réfugiés du fait de la couleur de leur peau et de leur origine ethnique.

« Le nombre réel d’incidents pourrait être beaucoup plus élevé, car seule une petite fraction d’entre eux sont signalés. Les autorités grecques ont adopté une série de réformes et d’actions pour enregistrer, poursuivre et prévenir ces crimes plus efficacement. Toutefois, les réfugiés et les migrants continuent de subir des violences verbales et physiques qui restent impunies », a expliqué William Spindler.

(Interview : William Spindler, porte-parole du HCR; propos recueillis par Cristina Silveiro)

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23/10/2017
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