Racisme : ”combattre l'antisémitisme c'est combattre la haine, l'ignorance et l'impunité”, déclare Harlem Désir

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Harlem Désir, Secrétaire d'État français aux affaires européennes. Photo: ONU

L'Assemblée générale a tenu jeudi matin, à New York, une réunion informelle de la plénière pour discuter des craintes d'une montée de la violence antisémite dans le monde. Les 193 États Membres et les personnalités présentes dans la salle de l'Assemblée ont notamment entendu l'intervention du Secrétaire d'État français aux affaires européennes, Harlem Désir. Ce dernier a notamment déclaré que ''combattre l'antisémitisme c'est combattre la haine, l'ignorance et l'impunité''.

Le représentant du gouvernement français a présenté les dernières mesures prises par la France après les attentats du 7, 8 et 9 janvier contre le journal Charlie Hebdo, des policiers et contre un supermarché casher de la porte de Vincennes. Il a notamment indiqué que son pays a décidé de renforcer son arsenal répressif et les sanctions prévues pour punir les auteurs de parole et d'actes antisémites. Il a précisé que les autorités ont affiné leurs outils statistiques sur les attaques à caractère antisémite, et accru leur vigilance vis-à-vis des propos tenus sur Internet.

Harlem Désir a confirmé que son gouvernement veut faire davantage. C'est pourquoi trois initiatives seront ainsi adoptées à brève échéance : la généralisation de la circonstance aggravante de racisme et d'antisémitisme pour tous les délits et crimes punis par le code pénal ; l'exclusion du droit de la presse des injures ou diffamations à caractère raciste et antisémite, car elles ne sont pas une opinion mais une incitation à la haine et à la violence ; la possibilité d'un blocage administratif des sites internet et des messages à caractère raciste et antisémite. De plus, 10 000 soldats ont été mobilisés pour la protection des sites sensibles, en particulier les écoles juives, les synagogues et les mosquées, a-t-il précisé.

Pour autant, le Secrétaire d'État a fait valoir que la réponse de la France ne saurait passer par la seule répression. Il a souligné l'immense défi éducatif vis-à-vis des jeunes générations auquel les autorités sont confrontées. C'est pourquoi un plan national d'action contre le racisme et l'antisémitisme qui établit des programmes d'éducation et de sensibilisation pour tous les élèves a été lancé afin de prévenir la formation de stéréotypes et de préjugés et d'enraciner les valeurs de tolérance et de respect de l'autre. Un important travail sur la mémoire de la Shoah est mené pour combattre le négationnisme, de nouveaux lieux de mémoire ont été inaugurés par le Président de la République et le Premier ministre en 2012, le Mémorial sur la shoah à Drancy et le Camp des Milles à Aix en Provence.

Harlem Désir a poursuivi son propos en déclarant que le président de la République, François Hollande a décidé de faire de la lutte contre le racisme et l'antisémitisme une grande cause nationale. En ce 22 janvier, qui est la journée franco-allemande, il a insisté sur le fait que les deux pays sont déterminés et unis pour la défense des valeurs de tolérance, de paix et de démocratie qui constituent le coeur du projet européen et le fondement-même des Nations Unies.

Le Secrétaire d'État a, par ailleurs, rappelé que le 9 janvier, à Paris, dans le magasin casher de la porte de Vincennes, un homme musulman a aidé la police au péril de sa vie à sauver les otages. Cet homme était malien. Interrogé par des journalistes qui s'étonnaient de la présence d'un employé musulman au sein d'un magasin casher, c'est à la fraternité humaine que Lassana Bathily en a appelé pour expliquer son geste. Je le cite : « nous sommes des frères, ce n'est pas une question de juifs, de chrétiens ou de musulmans, nous sommes tous dans le même bateau. Il fallait tous qu'on s'aide pour sortir de cette crise ». «Il est, désormais, notre compatriote, exemple pour tous de courage et de fraternité dans ce combat qui est aussi celui des valeurs universelles des Nations Unies », a-t-il conclu.

En début de séance, les représentants des États Membres et les personnalités présentes avaient entendu une allocution liminaire du philosophe et écrivain français, Bernard Henri Lévy.

Dans un message lu par le Vice-Président de l’Assemblée générale, Álvaro José Costa de Mendonça e Moura, le 69ème Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, Sam Kutesa a fustigé ces formes de discrimination, dont la persistance contribue à perpétuer « les stéréotypes, la stigmatisation, l’exclusion, les menaces et la violence ». En dépit de l’engagement de la communauté internationale contre la discrimination raciale, « nous assistons actuellement à une montée inquiétante de l’antisémitisme et d’autres formes d’intolérance et de préjugés », s’est inquiété Sam Kutesa.

« Cette réunion intervient en réaction à la hausse troublante des attaques antisémites en Europe. Mais bien sûr, l’antisémitisme est une des plus anciennes formes de préjugé de l’humanité », a quant à lui déclaré dans un message vidéo le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, actuellement en déplacement à Davos, en Suisse, pour assister à la réunion annuelle du Forum économique mondial.

« A travers les siècles, et dans le monde entier, les Juifs ont été massacrés et maltraités uniquement parce qu’ils étaient juifs. Ils ont souffert du bannissement et de l’exil, des stéréotypes et de l’exclusion », a souligné le chef de l’ONU, ajoutant que l’« assassinat systématique de millions de juifs européens durant l’Holocauste a révélé l’antisémitisme sous sa forme la plus monstrueuse ».

« La semaine prochaine, la Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste sera une occasion importante de se rappeler les horreurs de la Seconde Guerre mondiale », a de son côté déclaré M. Kutesa. « Ce n’est pas seulement notre devoir solennel de nous remémorer les tragédies qui ont eu lieu à cette occasion, mais c’est aussi notre responsabilité de tirer les enseignements des atrocités innommables de l’Holocauste » pour faire en sorte que « de tels actes d’intolérance et de haine ne se reproduisent jamais ».

Déplorant que les efforts entrepris pour construire un monde de compréhension mutuelle soient mis à rude épreuve aujourd’hui par la montée des extrémismes et des actes de barbarie, le Président de l’Assemblée générale a regretté que les Juifs continuent d’être pris pour cible, tout comme les Musulmans et tant d’autres à travers le monde. « Notre réponse doit permettre d’éviter de perpétuer les cycles de diabolisation et de jouer le jeu de ceux qui cherchent à diviser », a-t-il ajouté, mentionnant l’éducation comme l’un des principaux instruments de lutte contre les discriminations raciales.

« Nous devons également éviter un autre piège, impliquant le conflit au Moyen-Orient », a quant à lui souligné M. Ban, insistant sur le fait que les griefs contre les actions du gouvernement israélien ne doivent jamais être utilisés comme une excuse pour attaquer les Juifs.

« La lutte contre l’antisémitisme est un combat pour nous tous », a déclaré en conclusion de son message le Secrétaire général.

Trente-sept pays, dont les Etats-Unis, le Canada, l’Australie et l’ensemble des pays membres de l’Union européenne sont à l’origine de la convocation de cette session exceptionnelle, dont le principe et la date avaient été décidés antérieurement aux tragédies qui ont récemment endeuillé la France, notamment l’attaque terroriste qui avait pris pour cible un supermarché casher à Paris le 9 janvier.

(Extrait sonore : Harlem Désir, Secrétaire d'État français aux affaires européennes)

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20/10/2017
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