2015 : “la reprise économique demeure fragile” selon la Banque mondiale

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Après une nouvelle année décevante du point de vue économique, les pays en développement devraient connaitre une légère hausse de la croissance en 2015, sous l’effet conjugué du niveau relativement bas du prix du pétrole, d’une économie américaine plus vigoureuse, des faibles taux d’intérêt mondiaux et du climat favorable dont bénéficient plusieurs grands marchés émergents, indique un nouveau rapport de la Banque mondiale, rendu public mardi.

D’après les prédictions de cette nouvelle édition du rapport semi-annuel de la Banque sur les « Perspectives économiques mondiales », suite à une croissance estimée à 2,6% en 2014, l’économie mondiale devrait augmenter de 3% cette année, de 3,3% en 2016 et de 3,2% en 2017. La croissance des pays en développement devrait quant à elle passer de 4,4% en 2014 à 4,8% en 2015, puis à 5,3% et 5,4% en 2016 et 2017, respectivement.

« Dans cet environnement économique incertain, les pays en développement ont besoin de déployer judicieusement leurs ressources pour soutenir les programmes sociaux, en mettant notamment l’accent sur les pauvres, et d’entreprendre des réformes structurelles pour investir dans la personne humaine », a déclaré le Président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, dans un communiqué de presse rendu public à l’occasion de la sortie du rapport, au siège de l’institution à Washington. « Il est également essentiel pour les pays de supprimer tous les obstacles inutiles aux investissements du secteur privé. Le secteur privé est de loin la plus grande source d’emplois et est capable de sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté », a-t-il ajouté.

Cette reprise mondiale fragile masque cependant des tendances économiques de plus en plus divergentes, selon le rapport. Alors que la reprise économique aux Etats-Unis et au Royaume-Uni se confirme, la crise continue de s’attarder dans la zone euro et au Japon. La Chine, quant à elle, fait l’objet d’un ralentissement contrôlé de sa croissance, qui devrait passer de 7,4% en 2014 à 7,1% cette année, puis à 7% en 2016 et à 6,9% en 2017.

Quatre facteurs expliquent ces perspectives mitigées, selon l’étude de la Banque mondiale : la faiblesse persistante du commerce mondial ; la volatilité des marchés financiers alors que l’incertitude pèse sur une évolution à la hausse des taux d’intérêt ; l’impact négatif de la faiblesse du prix du pétrole sur les pays producteurs ; et le risque d’une période prolongée de stagnation ou de déflation dans la zone euro et au Japon.

« De façon inquiétante, le ralentissement de la reprise dans certains pays à revenu élevé, mais également dans des pays à revenu intermédiaire, pourrait être le symptôme d’un malaise structurel plus profond », s’est inquiété l’économiste en chef et premier Vice-président de la Banque mondiale, Kaushik Basu. « Avec le ralentissement de la croissance démographique dans de nombreux pays, l’accès à une main d’œuvre plus jeune s’est raréfié, mettant par là un frein à la productivité », a-t-il précisé.

M. Basu a cependant noté qu’« il existe des raisons de se montrer positifs ». La tendance à la baisse du prix du pétrole, qui devrait se poursuivre au cours de 2015, contribue à la baisse de l’inflation dans le monde et pourrait retarder la hausse des taux d’intérêt dans les pays riches, selon l’économiste en chef. « Cette situation crée une conjoncture favorable pour les pays importateurs de pétrole, comme la Chine et l’Inde ; nous nous attendons à ce que la croissance indienne atteigne 7% en 2016. Il est essentiel pour les pays d’utiliser cette fenêtre de tir pour entreprendre des réformes budgétaires et structurelles de nature à stimuler la croissance sur le long terme et le développement inclusif ».

Selon le rapport de la Banque mondiale, la baisse inhabituelle du prix du pétrole au cours du second semestre 2014 pourrait également améliorer l’équilibre budgétaire des pays en développement importateurs de pétrole. Outre l’Inde, dont la croissance devrait atteindre 6,4% en 2015, contre 5,6% en 2014, la chute des prix du pétrole devraient bénéficier tout particulièrement au Brésil, à l’Indonésie, à l’Afrique du Sud et à la Turquie, où elle devrait contribuer à réduire l’inflation et les déficits publics, deux sources majeures de vulnérabilité pour ces pays, indique le rapport.

Cependant, la baisse des prix va affaiblir les pays exportateurs de pétrole, précise l’étude, ajoutant que l’économie russe devrait perdre 2,9 points en 2015 et basculer dans une croissance négative jusqu’en 2016, où le rapport prédit une croissance à peine positive de 0,1%.

« Contrairement aux pays à revenu intermédiaire, l’activité économique dans les pays à faible revenu s’est renforcée en 2014, grâce notamment à l’augmentation des investissements publics, l’expansion du secteur des services, des récoltes solides, et des flux de capitaux importants », précise le rapport, ajoutant que la croissance dans les pays à faible revenu devrait se maintenir au niveau élevé de 6% en moyenne entre 2015 et 2017, même si la baisse des prix du pétrole et d’autres ressources naturelles risque d’entrainer un ralentissement de cette croissance dans les pays à faible revenu exportateurs de matières premières.

(Mise en perspective: Cristina Silveiro)

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13/12/2017
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