Genève : Zeid Ra’ad Al Hussein met en garde contre la stigmatisation des malades d'Ebola et dénonce les exactions de l'EIIL

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Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Zeid Al Hussein. Photo ONU/Jean-Marc Ferré

Six semaines après son entrée en fonction, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a tenu sa première conférence de presse ce jeudi 16 octobre à Genève.  Devant les journalistes, Zeid Ra’ad Al Hussein a souligné que l'Etat Islamique en Iraq et au Levant (EIIL) est l’antipode de tout ce qui relève des droits de l’homme. Il a qualifié les djihadistes de mouvement diabolique et potentiellement génocidaire.

Zeid Ra’ad Al Hussein a mis en garde contre la stigmatisation des malades d'Ebola. Selon le Haut-Commissaire, la mobilisation contre le virus Ebola ne doit pas conduire à stigmatiser le continent africain dans son ensemble.

Pour son premier face à face avec la presse ce jeudi à Genève, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a fait un tour d'horizon de l'actualité internationale dominée par l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest. Et pour combattre cette tragédie épouvantable, Zeid Ra’ad Al Hussein rappelle que la maladie prospère à l’intersection d'une pauvreté chronique et de l’insuffisance d’offrir des services publics adéquats.

Il a mis en garde contre toute forme de stéréotype pouvant lier la maladie à tous les Africains, tous les Ouest-Africains ou tout autre groupe au niveau local ou national. A cet égard, il a plaidé pour que tout malade soit traité avec dignité et surtout éviter de le stigmatiser. Sinon pointer du doigt les personnes touchées par le virus conduirait ces malades à se cacher. Ce qui réduit leurs chances de guérison et ainsi exposer les autres populations.

C'est pourquoi, le Haut-Commissariat est en train d’élaborer des lignes directrices sur la mise en quarantaine. Sinon appliqué à mauvais escient, le confinement peut non seulement violer des droits humains, mais aussi accélérer la propagation de maladies. Sur ce point, il prévient que l’introduction de sanctions pénales dans les réponses de santé publique peut avoir l'effet inverse et entraver l'accès des malades aux services de soins.

Concernant la situation au Moyen-Orient, le Haut-Commissaire a une nouvelle fois dénoncé les exactions de l'Etat Islamique en Iraq et au Levant (EIIL) qu'il a qualifié d’antithèse des droits de l’homme. Selon Zeid Ra’ad Al Hussein, l'EIIL tue, torture, viole et son idée de justice est de commettre des assassinats. Une idéologie de la terreur qui n’épargne personne – pas les femmes, les enfants, ni les personnes âgées, les malades ou les blessés. Aucune religion et aucun groupe ethnique ne sont épargnés. Il a qualifié l'EEIL de mouvement diabolique, potentiellement génocidaire. Dans ces conditions, il réitère son appel au gouvernement de l’Iraq à envisager d’adhérer au Statut de Rome, et, dans l’immédiat, à accepter l’exercice de la compétence de la Cour pénale internationale à l’égard de la situation actuelle dans ce pays.

Outre la crise en Syrie qui y a plus de 200.000 décès s depuis mars 2011, Zeid Ra’ad Al Hussein s'est aussi préoccupé de la situation au Yémen, en Libye tout récemment à Gaza. Il a également souligné que Bahraïn et l'Egypte figurent dans son agenda pour le Moyen-Orient.

En Europe, il s'est inquiété du conflit dans l'Est de l'Ukraine où des personnes continuent à être tuées malgré le cessez-le-feu.

Sur le continent africain, le Haut-Commissaire a rappelé que les conflits et les abus se poursuivent au Soudan du Sud, en République centrafricaine, au Soudan, en Somalie, au Nigeria et au Mali.

En Asie, il s'est préoccupé de la situation en République démocratique et populaire de Corée qui a finalement accepté l'idée d'une assistance technique des droits de l'homme.

De façon générale, le Haut-Commissaire a également plaidé la cause des migrants dans le monde, non sans rappeler la montée d'un discours xénophobe dans plusieurs pays industrialisés.

Pourtant malgré la multiplicité des dossiers suivis, le Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme doit faire face à un manque de fonds qui l'oblige à couper dans son personnel et ses programmes en l’absence de nouveaux financement d'ici à la fin de l'année. Le Haut Commissaire a précisé qu’il manque au moins 25 millions de dollars pour couvrir les dépenses de son bureau cette année. « Les crises se multiplient, les gouvernements nous demandent de faire toujours plus, mais le niveau des contributions ne suit pas », Zeid Ra’ad Al Hussein. « C’est une situation déplorable. Nous devons de plus en plus souvent refuser des demandes de soutien », a déclaré le Haut Commissaire. Il a cité des programmes d’assistance technique et l’ouverture de bureaux au Honduras et au Burundi, auxquels il devra très probablement renoncer.

Le budget annuel du Haut Commissariat se monte à 250 millions de dollars. Il est couvert par 3% du budget régulier de l’ONU, ce qui assure le tiers de ses dépenses, soit 87 millions.

Le budget annuel du Haut Commissariat équivaut à un jour des ventes d’iphone dans le monde, a fait remarquer le prince Zeid. Les Suisses dépensent dix fois plus en chocolat chaque année que les 87 millions alloués chaque année aux droits de l’homme, a-t-il encore fait valoir.

(Mise en perspective : Alpha Diallo, Genève, pour la Radio des Nations Unies)

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16/10/2017
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