Au Kenya, Ban Ki-moon lance une campagne de lutte contre l’excision

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Fatima a été excisée à l’âge d’un an, dans son village en Ethiopie. Photo UNICEF/Kate Holt

Poursuivant sa tournée dans la Corne de l'Afrique, le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a, depuis Nairobi au Kenya, lancé officiellement une campagne pour accélérer l'abandon des mutilations génitales féminines.

Le Kenya est le premier pays d'Afrique à s'engager dans cette campagne organisée par le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) en partenariat avec le journal britannique du Guardian. La campagne a pour but de motiver les journalistes africains à parler de l'excision dans les médias et ainsi susciter le changement dans les communautés.

Le premier volet de la campagne est constitué d'un prix annuel qui sera remis à un journaliste du continent africain en récompense d'un reportage sur les mutilations génitales féminines. Il se verra offrir une formation de deux mois auprès du Guardian à Londres. Au Kenya, un deuxième volet de l'initiative permettra de fournir des bourses à cinq médias afin de renforcer leurs capacités à réaliser des travaux de reportage et d'investigation de qualité sur le sujet de l'excision, notamment en allant sur le terrain.

Dans son discours prononcé à Nairobi, Ban Ki-moon a souhaité que l'initiative kenyane suscite des émules dans d'autres pays en soulignant l'objectif des Nations Unies d'éradiquer la pratique des mutilations génitales féminines au cours de la génération actuelle. Le Secrétaire général a salué les progrès déjà réalisés dans de nombreux pays en Afrique dans la lutte contre ces pratiques qui constituent selon lui une atteinte aux droits de l'homme.

Naffissatou Diop, la coordinatrice du programme conjoint du FNUAP et du Fonds des Nations Unies pour l'Enfance, l'UNICEF, sur les mutilations génitales féminines, au cours d'un entretien avec la Radio des Nations Unies, a rappelé que dans les 15 pays où intervient le programme conjoint, les médias sont considérés comme un agent essentiel pour véhiculer le changement des comportements.

Elle a ainsi cité l'exemple du Sud du Sénégal où de nombreuses communautés ont abandonné la pratique de l'excision après avoir été sensibilisées via la diffusion d'un programme radiophonique.

Elle a souligné que les données disponibles à présent montraient une baisse notable dans la pratique de l'excision. Ainsi  au Kenya, la prévalence de l'excision au niveau national est passée de 32% en 2008 à 27% en décembre 2013. Si le chiffre parait faible, a-t-elle expliqué, c'est qu'il prend en compte la population des femmes âgées de 15 à 49 ans, alors que la mutilation génitale intervient généralement dans la petite enfance des filles : il faudra donc plusieurs années pour que les changements dans les pratiques des communautés soient visibles dans les données démographiques. Mais d'après elle, la tendance est très positive.  Au niveau des 15 pays dans lequel intervient le programme conjoint, en décembre 2013, 12 700 communautés avaient déjà déclaré publiquement abandonner la pratique de l'excision.

(Entretien : Nafissatou Diop, coordinatrice du programme conjoint du FNUAP et de l'UNICEF sur les mutilations génitales féminines; propos recueillis par Priscilla Lecomte)

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14/12/2017
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