Iraq: l’ONU met en garde contre «tragédie humanitaire» créée par la prise de Sinjar au nord du pays

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Le camp Baharka, près d'Erbil au nord de l'Ira héberge des milliers de personnes déplacées à la suite de la prise de contrôle de larges parties du pays par l’EIIL. (Photo: Emma Beals / IRIN)

La prise de la ville de Sinjar dans le nord de l’Iraq par des militants appartenant à l’Etat islamique en Iraq et au Levant (EIIL) et d’autres groupes armés a entraîné le déplacement de 200.000 personnes et à déclenché une “tragédie humanitaire”, a mis en garde aujourd'hui le Représentant spécial des Nations Unies dans le pays.

Dans un communiqué, la Mission d’assistance des Nations Unies en Iraq (MANUI) a confirmé les informations selon lesquelles l'EIIL et les groupes armés associés ont pris le contrôle de la quasi-totalité des districts de Sinjar et de Tal Afar dans la province de Ninive, y compris des champs pétrolifères de l’Ain Zala et de Batma pétrole, en bordure de la région iraquienne du Kurdistan.

“Une tragédie humanitaire se déroule dans Sinjar”, a déclaré le chef de la MANUI et Représentant spécial du Secrétaire général, Nikolaï Mladenov, qui a ajouté que le Gouvernement iraquien et le Gouvernement régional du Kurdistan devraient rétablir de toute urgence leur coopération en matière de sécurité pour faire face à la crise.

Selon les rapports, près de 200 000 civils, pour la plupart de la communauté yézide, ont fui vers Jabal Sinjar.

La MANUI avertit que la situation humanitaire de ces civils est critique et qu'ils ont un besoin urgent de produits de base y compris de nourriture, d’eau et de médicaments. Un nombre indéterminé de civils se serait aussi dirigé vers Dohouk et Zako dans la région du Kurdistan.

L’Organisation des Nations Unies est gravement préoccupée par la sécurité physique de ces civils – en particulier ceux qui sont maintenant pris au piège dans la zone de Jabal Sinjar, qui est maintenant encerclée par les militants de l'EIIL.

Nikolaï Mladenov a appelé toutes les autorités iraquiennes, la société civile et les partenaires internationaux à travailler avec les Nations Unies pour assurer la livraison de l’aide humanitaire en vue de sauver des vies.

«Je demande également au gouvernement régional du Kurdistan de s’assurer que les civils fuyant les violences peuvent entrer dans la région du Kurdistan afin de bénéficier de la protection et de l’assistance humanitaire”, a t-il ajouté.

À sa demande, ce matin, le Représentant spécial adjoint du Secrétaire général, Gyorgy Busztin, a rencontré le président iraquien Fouad Ma’soum qui partageait les graves préoccupations de l'ONU face à la situation des minorités touchées par la prise par l'EIIL des zones importantes dans la plaine de Ninewah. Il a fait appel à la responsabilité collective de tous les Iraquiens pour aider les personnes déplacées. Le président s’est dit particulièrement préoccupé par le sort de la minorité yézide minoritaire.

«Les Nations Unies réitèrent que le droit international impose des obligations à toutes les parties au conflit actuel pour assurer la protection des civils et leur accès à l’aide humanitaire», a déclaré la MANUI.

De son côté, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, s’est dit dimanche alarmé par les informations selon lesquelles des forces de l’EIIL se sont emparé des districts de Sinjar et de Tal Afar dans la province iraquienne de Ninive, entraînant le déplacement massif de quelque 200.000 civils, pour la plupart de la communauté yézide.

Ban Ki-moon « exprime sa profonde préoccupation concernant la sécurité et la sûreté de ces civils », a dit son porte-parole dans une déclaration à la presse.

« Le Secrétaire général réitère que toute attaque systématique contre la population civile ou des segments de la population civile en raison de leur origine ethnique, leurs croyances religieuses ou leur foi peut constituer un crime contre l’humanité et que les responsables doivent être tenus responsables », a-t-il ajouté. « Le Secrétaire général est particulièrement consterné par la crise humanitaire déclenchée par les mesures prises par l’Etat islamique et les groupes armés associés et appelle le gouvernement iraquien et le gouvernement régional du Kurdistan à mettre de côté leurs différences et à travailler en étroite collaboration pour répondre aux besoins urgents du pays en matière de sécurité et protéger de manière adéquate la population et l’intégrité territoriale de l’Iraq. »

Le Secrétaire général a appelé tous les Iraquiens à aider les personnes déplacées, et a rappelé à toutes les parties au conflit leur obligation, en vertu du droit international, d’assurer l’accès humanitaire et faciliter l’acheminement de l’;aide à ceux qui fuient la violence.

« Toutes les parties doivent respecter le droit international et protéger la civils vivant dans les zones touchées par les combats », a souligné le porte-parole de M. Ban.

« L’Organisation des Nations Unies est prête à soutenir les efforts du gouvernement de l’Iraq et le gouvernement régional du Kurdistan pour répondre aux besoins humanitaires urgents des personnes déplacées par le conflit actuel », a-t-il encore dit.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

 

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12/12/2017
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