Ukraine Navi Pillay préoccupée par la dégradation de la situation dans les régions orientales de Donetsk et Lugansk

Écouter /

Un mémorial à Kiev. Photo: UNDP Kiev.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a publié mercredi un nouveau rapport sur l'Ukraine qui décrit l'effondrement de l'ordre public et du respect de la loi dans les zones sous contrôle de groupes armés dans l'est du pays, avec des preuves de plus en plus nombreuses d'enlèvements, de détentions, de cas de torture et de meurtres. Il évoque aussi plusieurs tendances inquiétantes en Crimée.

Au cours d'une conférence de presse, ce mercredi à Genève, le chef de la section pour l’Europe et l’Asie centrale au Haut-Commissariat a dénoncé l’escalade des activités criminelles dans l’est de l’Ukraine. Selon Gianni Magazzeni, la terreur et les violations des droits de l’homme se multiplient dans cette région.

Dans un communiqué rendu public aujourd'hui, la Haut-Commissaire Navi Pillay a exhorté les groupes armés opérant dans les régions orientales de Donetsk et Lugansk à « cesser de s'engager, eux ainsi que les personnes vivant dans ces régions, dans cette impasse qui conduit tout simplement à la misère, la destruction, le déplacement et le dénuement économique. »  « Le seul résultat auquel ils ont abouti est un climat d'insécurité et de peur qui a un effet profondément négatif sur des milliers de personnes », a-t-elle poursuivi. « Le moment est venu de poser les armes et de dialoguer. La paix, la réconciliation et des solutions durables sont certainement réalisables. »

Le document note que la situation des droits de l'homme dans les régions orientales de Donetsk et Lugansk a continué à se dégrader. Il note que la présence d'individus armés et d'armes a augmenté dans les deux régions et que les représentants de la "République populaire de Donetsk" ont reconnu la présence, au sein de leurs groupes armés, de citoyens de la Fédération de Russie, y compris de personnes originaires de Tchétchénie et d'autres républiques du Nord-Caucase.

Le rapport indique que les enlèvements, les détentions, les actes de mauvais traitements et de torture, et les meurtres par des groupes armés touchent désormais la population des deux régions orientales en général, régions où règnent désormais une atmosphère d'intimidation et de peur constante.

Le rapport ajoute que la mission de surveillance des droits de l’homme des Nations Unies est préoccupée par le nombre croissant de rapports de disparitions forcées résultant d'opérations de sécurité à Donetsk et à Lugansk.  La Haut-Commissaire Navi Pillay a exhorté le gouvernement « à faire preuve de retenue, à garantir que les opérations de sécurité soient en tout temps en conformité avec les normes internationales et à accorder une grande attention à la protection des civils lors des combats avec les groupes armés. »

Par ailleurs, le rapport indique que le Gouvernement ukrainien continue à mettre en œuvre la déclaration de Genève du 17 avril. Plusieurs initiatives et changements législatifs ont été entrepris, ainsi que les premières démarches en faveur de l'adoption d'un ensemble de réformes constitutionnelles, y compris pour la décentralisation du pouvoir et pour accorder un statut spécial à la langue russe. Des amendements législatifs destinés à combattre la discrimination, la corruption et relatif à la situation des réfugiés ont été adoptés. Il y a également eu des développements portant sur une amnistie, sur la lustration des juges, sur les droits linguistiques, sur les personnes déplacées internes originaires de Crimée, sur la politique ethnique, sur la torture et les mauvais traitements, sur les médias et sur la réforme des services chargés de l’application des lois.

Le rapport indique que les habitants de la Crimée connus pour leur position « pro-ukrainienne » sont intimidés, poursuit le rapport qui évoque des inquiétudes concernant la discrimination croissante à laquelle beaucoup pourraient être confrontés, en particulier dans les domaines de l’éducation et de l’emploi. Il précise que les dirigeants et les militants du peuple autochtone tatar de Crimée font l'objet de poursuites et de limites imposées à leurs droits culturels.  Au cours de la période passée sous revue, la situation de tous les habitants de Crimée s’est détériorée en matière de droit à la liberté d’expression, de réunion pacifique, d’association, de religion ou de croyance, indique le rapport.

Le document de 58 pages couvre la période du 7 mai au 7 juin 2014. Il s'agit du troisième rapport produit par la mission de surveillance des droits de l'homme de l'ONU depuis son déploiement par la Haut-Commissaire en mars. La mission de surveillance est composée de 34 personnes.  Tout en consacrant la moitié du rapport aux événements récents survenus dans l'est et en Crimée, la mission de surveillance a aussi mis en exergue les diverses enquêtes et initiatives en cours (cinq au total), relatives aux violations des droits de l'homme lors des manifestations de Maidan entre novembre 2013 et février 2014.

(Interview : Gianni Magazzeni, Chef de la branche des Amériques, de l'Europe et de l'Asie centrale, au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

Le dernier journal
Le dernier journal
01/10/2014
Loading the player ...