Ukraine/France : la situation dans l’est reste grave malgré des signes de désescalade, selon l’ONU

Écouter /

Conseil de sécurité des Nations Unies (Photo : ONU)

Nouvelle réunion du Conseil de sécurité ce matin sur la situation en Ukraine. Une séance présidée par la Russie qui a permis d'entendre le Sous-Secrétaire général aux droits de l'homme qui a fait valoir que depuis avril, 423 personnes ont été tuées dans l'est du pays alors que le HCR estime à 46 100 le nombre de personnes déplacées. Ivan Simonovic s'est félicité du bon déroulement des élections présidentielles fin mai sauf dans les régions orientales de Donetsk et Lougansk.

Une élection du Président Porochenko dont s'est aussi réjoui la France. Son Représentant permanent adjoint, Alexis Lamek a d'ailleurs rendu hommage aux nombreux gestes de bonne volonté récemment consentis par Kiev.

Le diplomate français a fait valoir que le troisième rapport de l'ONU sur les droits de l'homme en Ukraine qui couvre la période allant du 7 mai au 7 juin 2014 met en lumière les pas importants accomplis par le gouvernement d'Ukraine, notamment dans le cadre de la mise en œuvre de l'accord de Genève du 17 avril : des tables rondes incluant diverses composantes de la société ukrainienne ont été organisées ; un projet de loi, intitulé « mémorandum sur la paix et la concorde » et prévoyant des mesures de décentralisation et des garanties sur le statut de la langue russe, a été adopté par la Rada.

Le rapport relève, par ailleurs, que des enquêtes sont en cours sur les graves violations des droits de l'Homme commises durant les évènements de la place Maïdan, ainsi que celles survenues le 2 mai à Odessa. Si toute la lumière sur ces tragiques évènements n'a pas encore été faite, il convient de souligner que des efforts ont été accomplis dans ce domaine également. La coopération de l'Ukraine sur ce sujet avec la mission d'observation des droits de l'Homme est également importante.

Ces éléments prouvent que, malgré les nombreuses difficultés rencontrées, l'Ukraine est en train d'accomplir sa transition politique.

Pour autant, malgré ces développements positifs, l'Est de l'Ukraine, Donetsk et Lougansk, a connu une dégradation générale de la situation sécuritaire et des droits de l'Homme, ainsi que de la situation humanitaire, du fait des groupes armés séparatistes illégaux qui y sévissent, a déploré le diplomate.

Ce troisième rapport souligne ainsi que les arrestations arbitraires, les enlèvements, les tortures, les meurtres ne touchent plus seulement les journalistes, les agents publics ou les militants des droits de l'Homme, mais maintenant l'ensemble de la population.

Ces violences sont, comme cela est désormais avéré, alimentées et entretenues de l'extérieur. La présence d'éléments étrangers doit cesser, de même que doit cesser tout soutien extérieur qui leur est apporté. Le contrôle des flux transfrontaliers est indispensable.

Dans ces conditions, il est de la responsabilité du gouvernement ukrainien de prendre les mesures adéquates et proportionnées, dans le respect des normes internationales, pour combattre ces groupes armés, protéger les populations et assurer le contrôle de ses frontières.

Ces opérations ont des répercussions sur l'accès des populations aux services de base. Certaines sont contraintes de fuir les zones d'affrontement et se rendent dans d'autres régions d'Ukraine et en Fédération de Russie. Des besoins humanitaires existent, nul ne le nie. C'est pourquoi des acteurs humanitaires sur le terrain sont actifs afin d'y répondre. La coordination de l'ensemble de ces réponses, entre les agences mais également avec les autorités ukrainiennes, est primordiale.

En effet, le gouvernement ukrainien a pris lui aussi toutes les mesures pour organiser l'accueil des populations chassées de leurs foyers. Je relève que toutes les régions d'Ukraine ont répondu à cet appel à la solidarité, sans distinction est/ouest. Le sentiment d'unité et d'appartenance à un destin commun existe bel et bien en Ukraine.

Alexis Lamek a noté avec satisfaction que la trêve proposée par le Président Porochenko a été acceptée hier par les groupes armés dans le cadre des rencontres triparties Ukraine-Russie-OSCE lancées après les rencontres de Normandie. La France encourage la poursuite de ce dialogue. Nous réitérons notre appel à ce que les groupes armés dans l'Est de l'Ukraine déposent les armes, évacuent tous les bâtiments publics occupés illégalement et s'engagent franchement dans le processus de dialogue politique leur permettant d'exprimer de manière légale et pacifique leurs revendications.

Dans ces conditions, tout doit être fait pour favoriser le retour au calme, condition sine qua non au lancement d'un dialogue politique. Cela implique, de contrôler la frontière russo-ukrainienne afin que les infiltrations illégales de matériels et d'hommes armés cessent.

L'ensemble de la communauté internationale et tous les membres de notre Conseil doivent œuvrer en ce sens et appuyer les efforts de Kiev. Nous notons avec satisfaction que l'annonce d'un cessez-le feu a ainsi été soutenue par le Président russe. Il est crucial que ce soutien se traduise également sur le terrain au moment où nous entendons parler, et c'est préoccupant, de nouveaux exercices militaires de grande amplitude. Dans cet esprit nous considérons comme encourageant l'annonce ce matin d'une demande du Président russe adressée au Conseil de la fédération de Russie d'annuler l'autorisation du recours à l'armée russe en territoire ukrainien.

Aujourd'hui, pour l'Ukraine, il n'y a pas d'autre chemin à suivre que celui de l'unité et de la réconciliation. L'Union européenne et la France se tiennent prêtes à lui apporter tout leur soutien dans ses efforts, comme l'ont rappelé les chefs d'Etat ou de gouvernement lors de leur sommet du 27 mai dernier.

Lors de sa présentation, le Sous-Secrétaire général des Nations Unies aux droits de l’homme, Ivan Simonovic, a affirmé que la situation sur le terrain dans l’est de l’Ukraine avait continué de se dégrader ces dernières semaines, selon les informations collectées par la Mission des Nations Unies de surveillance des droits de l’homme dans ce pays.

« Le rapport souligne la détérioration rapide de la situation dans l’est. Toutefois, la situation s’est détériorée encore davantage depuis la date-butoir de ce rapport. Les estimations basées sur les informations recueillies de sources officielles indiquent que du 15 avril au 20 juin, 423 personnes, dont des militaires et des civils, ont été tués », a dit Ivan Simonovic lors d’un exposé devant les membres du Conseil de sécurité.

Le Sous-Secrétaire général a noté une augmentation du recrutement et du nombre d’armes par les groupes armés. Selon lui, les enlèvements et les détentions par les groupes armés continuent de représenter une tendance inquiétante.

Au cours des deux dernières semaines, le nombre de personnes déplacées a doublé dans le pays. Au 23 juin, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a évalué le nombre de déplacés à 46.100, dont 11.500 de Crimée et près de 34.600 originaires de l’est de l’Ukraine.

S’agissant de la Crimée, le rapport de la Mission des Nations Unies a noté que cette région du sud de l’Ukraine, qui a été rattachée à la Russie, se trouve dans des « limbes juridiques ».

(Extrait sonore : Alexis Lamek, Représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations Unies)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
23/10/2017
Loading the player ...