Syrie : la guerre civile est une menace pour toute la région, estime Sergio Pinheiro

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Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission internationale d’enquête indépendante sur la République arabe syrienne-UN Photo/Violaine Martin

Le Conseil des droits de l’homme a entamé à la mi-journée l’examen de l’évolution de la situation en Syrie, dans le cadre d’un débat interactif avec le Président de la commission internationale indépendante d’enquête sur la République arabe syrienne, Paulo Sergio Pinheiro. Ce dernier a fait valoir que la crise en Syrie a atteint un point critique, avec une escalade sans précédent de la violence, menaçant la région entière.

Le Président de la Commission d'enquête a indiqué, en se fondant sur des détails précis établis sur la base des témoignages recueillis par la commission, que nombre de personnes sont victimes de torture dans les centres de détention de Damas, que les hommes sont décapités dans des espaces publics de Raqqah et que les femmes gardent des stigmates de viol. De plus, des minorités sont menacées notamment par l’État islamique en Iraq et au Levant (EILL), tandis que les enfants sont incorporés de force dans les groupes armés.

Pour Paulo Sergio Pinheiro, il faut changer de point de vue sur le conflit syrien, en raison notamment de son évolution depuis trois mois. Dans ce contexte, il a déploré que les États influents tournent le dos à une solution politique et continuent au contraire de nourrir ce conflit par la fourniture d’armes. Aucun de ces États ne peut ignorer quelle utilisation est faite de ces armes; ils ne peuvent à la fois parler de paix tout en alimentant une guerre par procuration. Pour sa part, la commission d’enquête continue de plaider pour une solution politique négociée, a-t-il déclaré.

Le Président de la Commission a regretté que les auteurs de crimes n’ont aucune crainte pour les conséquences des actes commis. L’inaction de la communauté internationale et en particulier du Conseil de sécurité a créé des conditions d’expression du pire visage de l’humanité, a-t-il estimé.

La commission d’enquête a recueilli plus de 3 000 témoignages qui apportent la preuve que de nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité ont été commis et que leurs auteurs sont identifiés. Les forces gouvernementales ont repris du terrain dans les zones stratégiques de Homs, Damas et Alep, parfois au prix d’attaques aveugles. Les groupes armés ont perdu du terrain, en raison notamment des mauvais traitements infligés aux civils, de leur incapacité à améliorer la situation humanitaire, de la corruption, de la mauvaise gestion des ressources dans les zones sous leur contrôle ou simplement d’un recul du soutien par les alliés extérieurs. L’État islamique en Iraq et au Levant (EIIL) reste fortement présent dans le Nord et l’Est de la Syrie. À Homs, près d’une douzaine de bombes ont touché les communautés chiites et arméniennes de la région. Les groupes armés se rendent coupables d’enlèvements, de déplacements forcés, notamment à Nubul et à Zahra. En mars dernier, l’EILL a même encerclé le village kurde de Raqqah et menacé de tuer les résidents s’ils ne quittaient pas les lieux.

Sergio Paulo Pinheiro a accusé le Gouvernement syrien et les groupes armés d’empêcher la bonne mise en œuvre de la résolution 2139 du Conseil de sécurité sur l’accès humanitaire, en ciblant les points de distribution de l’aide humanitaire, en confisquant les vivres dans les points de contrôle ou en empêchant la fourniture de médicaments, par exemple dans la ville assiégée de Yarmouk.

(Interview : Sergio Paul Pinheiro, Président de la Commission internationale indépendante d’enquête sur la République arabe syrienne; propos recueillis par Alpha Diallo)

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21/11/2014
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