Droits de l'homme : la sécurité des journalistes au centre d'un débat

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Journalisme en Afrique (Crédt : Cécile Duvelle© UNESCO)

Le Conseil des droits de l’homme a tenu mercredi matin à Genève une réunion-débat sur la question de la sécurité des journalistes.

Ouvrant le débat, la Haut Commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay, a constaté une prise de conscience internationale quant à la nécessité d’assurer aux journalistes une meilleure protection. Il ne manque aujourd’hui qu’un engagement politique sans équivoque pour offrir aux journalistes des garanties qu’ils peuvent travailler en toute sécurité.

La réunion, animée par la journaliste Ghida Fakhry, journaliste libanaise à Al Jazeera, a notamment bénéficié de la participation de Getachew Engida, Directeur général adjoint de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), de Dunja Mijatović, représentante pour la liberté des médias de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), de Frank La Rue, Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, d'Abeer Saady, journaliste et vice-présidente du syndicat des journalistes d’Égypte, et Frank Smyth, journaliste et conseiller principal au Comité pour la protection des journalistes.

Frank Smyth, a attiré l’attention sur la recrudescence des meurtres de journalistes, soulignant que deux tiers des journalistes tués le sont par voie de crime et en toute impunité, dans toutes les régions du monde; il a plaidé pour des mesures concrètes telles que la mise en place de procureurs spécifiques. Getachew Engida a souligné que de nombreux États n’ont encore pris aucune mesure pour lever l’impunité des auteurs de crimes contre des journalistes; il faut faire preuve de volonté politique et adapter les systèmes juridiques nationaux et la formation des personnes concernées, notamment les policiers, magistrats et journalistes eux-mêmes. Dunja Mijatović, quant à elle, a ajouté qu’il est de la responsabilité des États de protéger les journalistes et de mettre en place des procédures judiciaires efficaces. Abeer Saady a attiré l’attention sur la situation des journalistes au Moyen-Orient, où ont été tués 49 des 70 journalistes tués en 2013. Elle a également mis l’accent sur la situation des femmes journalistes, qui peuvent faire l’objet d’agressions sexuelles ou de calomnies qui portent atteinte à leur honneur. Pour Frank La Rue, la protection des journalistes exige d’abord une volonté politique claire, ainsi que des mesures juridiques de protection de la liberté de la presse et la lutte contre l’impunité. Il a estimé que le moment était venu d’adopter une déclaration des Nations Unies sur les journalistes.

Au cours des échanges qui ont suivi, les délégations ont salué le métier de journaliste et rendu hommage à ceux qui risquent leur vie au nom du droit à l’information. Plusieurs délégations ont fait état des mesures de protection spécifiques adoptées dans leurs pays respectifs. D’autres ont estimé qu’il fallait aller plus loin, y compris au niveau international, notamment par l’adoption de directives claires et équilibrées comme un code international ou des mécanismes de protection spécifiques.

Toutes ces mesures ne doivent pas faire oublier aux journalistes leurs devoirs et obligations, ont nuancé d’autres délégations, soulignant que les journalistes et les médias doivent respecter la morale, les lois en vigueur et la souveraineté des pays où ils opèrent; il faut trouver l’équilibre entre la liberté d’expression et la protection contre la diffamation ainsi que le respect de la personne et de la vie privée. L’absence d’une information libre laisse libre cours à la propagande et menace les principes démocratiques et la bonne gouvernance, a-t-il aussi été souligné.

Les délégations suivantes ont pris part à ce débat : Union européenne, Égypte (Groupe arabe), Fédération de Russie (pays du Traité de sécurité collective), Autriche, Maroc, Brésil, Estonie, Tunisie, Monténégro, Équateur, Colombie, Algérie, Slovénie, Mexique, Lituanie, Royaume Uni, Suisse, Organisation internationale de la Francophonie, États-Unis, Pologne, France, Grèce, Inde, Pakistan, Italie, Chine, République tchèque et Portugal. Les organisations non gouvernementales suivantes ont également participé: Article 19 – Centre international contre la censure, Fédération internationale des journalistes, Presse Emblème Campagne, Forum asiatique pour les droits de l’homme et le développement, East and Horn of Africa Human Rights Defenders Project et l’Union internationale humaniste et laïque.

(Extrait sonore : Ghida Fakhry, journaliste libanaise à Al Jazeera, modératrice du débat)

LE DERNIER JOURNAL
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16/10/2017
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