Ukraine : réunion d'urgence du Conseil de sécurité suite aux affrontements à Sloviansk

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Le Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux affaires politiques, Jeffrey Feltman (à gauche), et le Représentant permanent de la Fédération de Russie, Vitaly Churkin (à droite), au Conseil de sécurité. Photo: ONU

Le Conseil de sécurité s'est réuni en urgence vendredi pour débattre de l'évolution de la situation en Ukraine.

Les Quinze ont d’abord entendu Jeffrey Feltman, le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, avertir que la « grave détérioration » dans l'est et dans le sud de l'Ukraine menace de déstabiliser davantage le pays et la région ainsi que l'unité du pays. Il s'est particulièrement préoccupé de la situation à Sloviansk où, a-t-il rapporté, deux hélicoptères militaires ukrainiens ont été abattus, tuant au moins un des pilotes et où des affrontements tendus se poursuivent dans la ville. Jeffrey Feltman a annoncé qu'il se rendra à Kiev et à Moscou la semaine prochaine.

Le représentant adjoint de l'Ukraine, Oleksandr Pavlichenko, a affirmé que l'objectif de l'« opération contre-terroriste » qui a été lancée par son Gouvernement dans cette ville de l'est de l'Ukraine est d'isoler les militants séparatistes du reste de la population civile. Il a aussi indiqué que les autorités ukrainiennes se tiennent prêtes à amnistier « tous les militants séparatistes qui n'ont pas commis de crimes graves ». Oleksandr Pavlichenko a toutefois accusé la Russie de ne déployer aucun effort pour désamorcer la situation et d'appuyer les groupes de militants qui opèrent dans l'est de l'Ukraine, créant un climat de terreur pour la population.

Le Représentant de la Russie, Vitaly Churkin a appelé les autorités de Kiev à mettre un terme à leur « opération punitive » et a affirmé que la force dont fait usage le Gouvernement n'a aucune légitimité.

Aujourd'hui, a affirmé Vitaly Churkin, il est évident que les nombreuses déclarations de Kiev en faveur du dialogue national ne sont rien d'autres que de l'hypocrisie. Les premières effusions de sang ont coulé. Si on n'y met pas rapidement un terme, les conséquences catastrophiques pour l'Ukraine ne pourront pas être évitées.

Le représentant russe s'en est également vivement pris aux États-Unis et à l'Union européenne qu'il a accusés d'avoir détruit la voie vers une résolution pacifique du conflit. Vitaly Churkin a notamment affirmé que des anglophones figuraient parmi les "attaquants" et a souligné l'inadmissibilité de toute influence extérieure en Ukraine. Le représentant russe a enjoint les États-Unis et l'Union européenne d'arrêter de jouer avec le destin du peuple ukrainien pour satisfaire leurs objectifs politiques. Kiev et ses acolytes ne doivent pas commettre d'erreur fatale, a-t-il mis en garde.

A son tour, la représentante des États-Unis, Samantha Power, a longuement salué la retenue dont a fait preuve l'Ukraine. Elle a qualifié la réaction de Kiev de « raisonnable ». C'est ce que n'importe quel de nos pays aurait fait s'il se trouvait dans une situation similaire, a-t-elle commenté.

La diplomate américaine a accusé la Russie de chercher à reproduire dans l'est de l'Ukraine « la charade qui s'est produite en Crimée » et de répandre « les propagandes les plus folles ». Nous ne somme pas dupes, a-t-elle dit, La Russie ne cherche rien d'autre qu'un prétexte pour une invasion. Samantha Power a exhorté les autorités russes à honorer les engagements de Genève.

Le représentant de la France, Gérard Araud a lui aussi plaidé pour le lancement de négociations. « Nous n'avons pas besoin d'un James Bond amateur de vodka mais d'un retour à la diplomatie », a-t-il lancé.

Son homologue britannique, Mark Lyall Grant, a pour sa part affirmé que « l'étendue de l'hypocrisie de la Russie laisse pantois et son indignation ne convainc personne ».

 

(Mise en perspective : Isabelle Dupuis)

 

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19/10/2017
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