Le HCR est atterré par la hausse des pertes en vies humaines lors de tragédies maritimes en Méditerranée

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Photo : UNHCR

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) est profondément attristé par le bilan de plus en plus lourd des tragédies maritimes en mer Méditerranée cette année. Un nombre croissant de demandeurs d’asile et de réfugiés effectuent la traversée sur des bateaux inadaptés à la navigation, souvent aux mains de passeurs sans scrupule.

Lundi, au moins dix-sept personnes se sont noyées après le chavirage d’un bateau dans les eaux internationales, à environ 160 kilomètres au sud de Lampedusa, en Italie, et à environ 80 kilomètres au nord-ouest de Tripoli, en Libye. Parmi les personnes décédées, il y avait douze femmes, trois enfants et deux hommes. Deux navires cargo, un français et un du Vanuatu, ont porté secours à 226 personnes qui ont ensuite été soignées par des médecins italiens transférés par des bâtiments de la marine italienne. Le navire français Bourbon Arcadia a secouru 158 personnes et le cargo du Vanuatu, Kehoe Tide, a porté secours à 68 personnes.

La tragédie de lundi est la toute dernière d’une série de naufrages survenus au large des côtes libyennes ces 15 derniers jours, au cours desquels 121 personnes auraient trouvé la mort lors de ces trois accidents distincts. Quelque 134 personnes ont été secourues par les garde-côtes libyens. Les survivants reçoivent une assistance médicale de la part du HCR en coopération avec International Medical Corps, et les garde-côtes libyens. Le HCR a également fourni des vêtements, des matelas et d’autres articles de secours aux rescapés.

Les deux autres naufrages dont le HCR a été informé ont eu lieu au large des côtes libyennes vers le 6 mai. Un bateau transportant 130 personnes a fait naufrage environ 1/2h après avoir pris le large, juste à quelques miles de la côte. Certains parmi les 53 rescapés ont indiqué au HCR que les passeurs les avaient poussés à embarquer et que le bateau était parti alors qu’il était endommagé au centre de la coque. 77 personnes se seraient noyées dans cette tragédie, y compris quatre femmes. Hier, le 12 mai, les garde-côtes ont retrouvé 44 corps sans vie qui proviendraient de ce même naufrage. La plupart des corps sans vie ont été ramenés par la mer sur le rivage ces derniers jours. Les passagers étaient originaires du Soudan, du Ghana, du Mali, du Burkina Faso, du Nigéria et du Sénégal.

La semaine précédente, le 2 mai, les garde-côtes libyens ont porté secours à 80 personnes (des Erythréens, des Somaliens et des Ethiopiens) après que leur embarcation impropre à la navigation ait commencé à prendre l’eau, à environ trois miles de la côte. Quatre autres personnes sont mortes par noyade dans cet accident.

Deux jours avant, le 30 avril, les garde-côtes libyens ont retrouvé l’épave d’un autre bateau au large de la côte de Tripoli. Le seul survivant, dans un état critique, est soigné dans un hopital public. Tous les autres passagers, au nombre de 40, se sont noyés. Parmi les victimes et les rescapés de naufrage, il y a des personnes qui fuient les violences ou la persécution dans leurs pays d’origine et les risques qu’ils prennent lors de ces périlleuses traversées mettent en lumière le peu d’alternatives qu’ils ont en Libye et dans d’autres contextes.

Le HCR a lancé une campagne d’information en association avec les garde-côtes libyens, les ONG, les partenaires des Nations Unies et les demandeurs d’asile pour informer les personnes sur les risques réels de ces traversées.

Le HCR se félicite des opérations de sauvetage menées par les autorités italiennes et libyennes ainsi que de la coopération des navires privés sans lesquels le bilan serait plus lourd encore. Toutefois l’organisation demande que les opérations de recherche et de sauvetage soient encore renforcées, tout spécialement en haute mer où se déroulent un grand nombre de tragédies maritimes. L'agence exhorte également les gouvernements à travers le monde à fournir des alternatives légales aux périlleuses traversées, afin d’assurer que les personnes désespérées en quête de refuge puissent trouver la protection et l’asile. Ces alternatives devraient inclure la réinstallation, l’admission pour des motifs humanitaires et un accès facilité au regroupement familial. Il est également demandé aux gouvernements de ne pas recourir à des mesures dissuasives ou punitives comme la détention pour les personnes qui recherchent la sécurité.

Selon le HCR, plus de 170 personnes ont déjà péri en mer en 2014 dans leur tentative de rejoindre l’Europe, au large de la Grèce, de la Libye, de l’Italie et dans les eaux internationales.

(Interview : Fatoumata Lejeune-Kaba, porte-parole du HCR à Genève ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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15/12/2017
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