RCA : le PAM ne veut pas que la crise oubliée se transforme en crise négligée

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Distribution de vivres dans un camp de déplacés, près de l’aéroport de Bangui (Photo: PAM/Al. Masciarelli).

« Il ne faut pas que la crise oubliée en Centrafrique se transforme rapidement en une crise négligée ». Tel est l'avertissement de la Directrice Régionale du Programme alimentaire mondial (PAM) pour l’Afrique de l’Ouest. De passage à Genève pour rencontrer les pays donateurs, Denise Brown a rappelé que la République centrafricaine (RCA) reste « un pays extrêmement fragile » et sans le soutien de la communauté internationale, la situation pourrait s'empirer.

Dans un rapport d’évaluation publié cette semaine, la FAO et le PAM ont rappelé que 1,6 million de personnes directement victimes de la crise ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence, soit plus du double du niveau estimé il y a un peu plus d’un an, en février 2013. De plus, fin mars, on comptait quelque 625 000 individus déplacés par le conflit.

« Nous avons peur que la crise centrafricaine soit oubliée, pas parce qu'il n'y a pas une bonne volonté de la communauté internationale mais parce qu'il y a d'autres crises aussi importantes en Syrie et Sud Soudan qui nécessitent beaucoup d'attention de la communauté internationale », a averti la Directrice Régionale du PAM pour l’Afrique de l'Ouest. « C'est un pays extrêmement fragile et sans le soutien de la communauté internationale, je crains qu'on ne verra pas beaucoup de progrès dans les semaines à venir. La priorité reste la stabilisation du pays ».

Le PAM fournira ainsi des rations alimentaires aux mêmes bénéficiaires afin d’empêcher que les familles vulnérables soient contraintes de consommer les semences pour leur alimentation ou celle de leurs animaux au lieu de les utiliser pour les semis.

Depuis le début de l’année 2013, les Centrafricains font face à de graves problèmes d’accès à la nourriture, compte tenu des disponibilités réduites, de l’interruption des échanges et de la perte de leur pouvoir d’achat. Le chômage est endémique dans tous les secteurs, aussi bien formels qu’informels, et les fonctionnaires ne sont pas payés depuis plusieurs mois. Les familles n'ont plus une alimentation diversifiée et ont réduit drastiquement la consommation de protéines animales, ce qui soulève de vives préoccupations pour la nutrition et la santé des familles, en particulier chez les enfants.

La saison des pluies qui débute ce mois-ci constitue un véritable défi pour le réseau routier déjà en mauvais état, et risque de rendre certains sites totalement inaccessibles par la route, entravant le pré acheminement des stocks alimentaires et des intrants agricoles.

Le PAM vient en aide à 1,25 million de femmes, d’enfants et d’hommes en RCA. Il fournit une aide alimentaire aux personnes déplacées à l’intérieur du pays, un appui nutritionnel aux enfants sous-alimentés, aux femmes enceintes, aux mères allaitantes et aux personnes vivant avec le VIH/Sida, ainsi que des repas scolaires d’urgence aux écoliers.

En mars, le PAM n’avait reçu qu’un tiers des financements nécessaires aux interventions – avec pour conséquence, la distribution de demi-rations aux personnes vulnérables et déplacées, comprenant moins de types d’aliments.

(Interview : Denise Brown, Directrice Régionale du PAM pour l’Afrique de l’Ouest ; propos recueillis par Alpha Diallo et Nicolas Vultier, de la Radio Télévision Suisse Romande)

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13/12/2017
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