Rapport économique sur l'Afrique : impulser une politique industrielle dynamique pour le continent

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Carlos Lopes, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique (CEA)

La Commission économique pour l'Afrique (CEA) et son Secrétaire exécutif, Carlos Lopes ont présenté vendredi, à New York, l'édition 2014 du Rapport économique sur l'Afrique. Le document insiste sur la nécessité de promouvoir une politique industrielle dynamique pour le continent.

Dans sa présentation, Carlos Lopes insiste sur le fait que pour éviter les erreurs du passé, les institutions de politique industrielle doivent se développer à des rythmes compatibles avec leurs capacités de base, leur financement et le soutien politique. Il souligne que la récente performance économique impressionnante de l'Afrique s'est poursuivie en dépit du ralentissement de l'activité économique mondiale et elle devrait s'accélérer encore davantage dans le moyen terme. Les Africains voudraient bien que cette croissance reste soutenue, s'accélère et se traduise en de nouvelles opportunités d'emplois, des revenus assurés et des niveaux de vie plus élevés.

Or, observe le Secrétaire exécutif de la CEA, la croissance n'est toujours pas inclusive et la transformation structurelle sur le continent demeure limitée. L'expansion en Afrique – tirée par les produits de base et l'investissement – n'a pas permis de créer les emplois nécessaires pour absorber la population croissante de jeunes et, du fait de cette trajectoire de croissance, le continent demeure vulnérable aux prix extérieurs des produits de base, aux chocs sur le demande et à des faiblesse internes.

Aussi, l'industrialisation est essentielle à l'Afrique si elle veut assurer la transformation structurelle et relever les niveaux de vie. Mais, l'industrialisation est toujours difficile à réaliser – avec un secteur industriel à l'état embryonnaire, une faible productivité et une participation marginale aux marchés intérieurs et internationaux. Si les services ont dépassé l'agriculture et l'industrie en tant que premiers secteurs générateurs de revenus dans toute l'Afrique, cela n'a pas permis de créer le grand nombre d'emplois de qualité, qui devraient provenir de la manufacture et de la production à forte intensité de main-d'oeuvre.

Le Rapport économique sur l'Afrique 2014, qui est la publication annuelle phare de la Commission de l’Union africaine et de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, s'inspire du rapport de l'année précédente qui est un plaidoyer pour l'industrialisation fondée sur les produits de base. Il appelle le continent à recentrer ses stratégies de développement économique sur l'industrialisation, en particulier sur les moyens d'élaborer et de mettre en oeuvre une politique industrielle efficace.

Le rapport souligne que les gouvernements africains ne doivent pas répéter les erreurs du passé. Ils ont eu recours à des instruments de politique industrielle allant des crédits d'impôt aux subventions à l'exportation en faveur des zones de production pour l'exportation. Mais souvent ces pays ont suivi une « approche modèle » consistant à adopter un ensemble d'interventions fondées sur des formules, avec très peu de contributions du privé et d'autres secteurs non gouvernementaux.

Une autre façon de procéder plus globale, serait de mettre en place des institutions de politique industrielle fortes et inclusives et de veiller à ce qu'il y ait une interaction régulière et harmonieuse entre elles. Un cadre institutionnel solide permettra d'identifier les contraintes correctement et de façon collective et de formuler des interventions politiques bien conçues qui soient dynamiques et affinées pour répondre aux besoins en constante évolution de l'industrie dans une économie mondiale en perpétuelle mutation.

Le rapport est établi sur la base de 11 études qui ont été commandées sur les cadres de politique industrielle des pays africains. L'objet était d'identifier les défis et les écueils rencontrés dans la conception et dans la mise en oeuvre de la politique industrielle et de voir comment ils ont été surmontés. Les études sur les pays qui ont réussi à mettre en place des institutions solides, portent sur des pays en Afrique et aussi hors d'Afrique. Elles montrent que la réussite est assurée lorsqu'on a permis aux institutions de politique industrielle d'être dynamiques et d'établir une relation organique avec les procédés et les acteurs qui sont à la base de l'industrialisation.

Le soutien politique et la coordination de la politique industrielle à un haut niveau sont un premier pas nécessaire. Institutionnaliser le dialogue avec le secteur privé et le remédier aux contraintes et goulets d'étranglement en matière de capacités, sont essentiels pour la mise en oeuvre de processus et de mécanismes solides pour l'élaboration des politiques. Le Rapport conclut que les institutions de politique industrielle peuvent éviter d'être des structures creuses et dysfonctionnelles en se développant à des rythmes compatibles avec leurs capacités de base, leur financement et le soutien politique.

De plus, il importe de mettre en place des structures pour inciter les entreprises à développer la production et accroître l'investissement dans les industries vitales et à fort potentiel de croissance, est une fonction clef des institutions de politique industrielle efficaces, tout comme il est nécessaire d'assurer le suivi et de veiller à ce que le soutien fourni serve à la réalisation des objectifs initialement prévus. Les États doivent également remédier aux lacunes sur les plans de l'infrastructure, (notamment l'énergie) des compétences, du financement ainsi qu'aux autres contraintes identifiées directement par les acteurs industriels.

La CEA espère que ce rapport servira de guide pour la mise en oeuvre d'institutions, de processus et de mécanismes de politique industrielle dynamiques – l'objectif étant de bâtir un secteur industriel prospère, à même de favoriser la transformation structurelle et le développement inclusif.

(Interview: Carlos Lopes, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique; propos recueillis par Jérôme Longué)

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31/07/2014
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