Paludisme : un risque pour plus de la moitié de la population mondiale

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Ce vendredi est marqué par la célébration de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, une maladie qui, indique l'OMS, l'Organisation mondiale de la santé, reste un risque sanitaire pour plus de la moitié de la population mondiale.

Dans un entretien, Éric Mouzin, médecin épidémiologiste avec le Partenariat Roll Back Malaria, a averti que même si d'énormes progrès ont été réalisés ces dernières années en matière de prévention et de traitement, le financement de la lutte contre le paludisme accuse un déficit de taille. Cinq milliards de dollars par an sont nécessaires, or à l'heure actuelle, seulement entre 1,5 et 2 milliards y sont consacrés, a-t-il précisé.

« Un enfant meurt chaque minute en Afrique, une situation intolérable alors qu'on a les moyens de prévenir la maladie », a déploré Éric Mouzin. Ce dernier a également insisté sur l'importance d'assurer la gratuité des soins de traitement et de prévention.

Selon le dernier Rapport mondial sur le paludisme (OMS – décembre 2013) 627.000 décès ont été imputables au paludisme en 2012, dont 90 % pour le seul continent africain où la maladie continue de représenter plus de 30 % des dépenses de santé publique dans les pays les plus touchés.

D’énormes progrès ont néanmoins été réalisés au cours de la dernière décennie : 3,3 millions de vies ont été sauvées entre 2001 et 2012, et les taux de mortalité par paludisme ont baissé de 54% chez l'enfant en Afrique durant la même période. L'intensification des efforts ces dernières années a donné lieu à des progrès significatifs dans de très nombreux pays. Par exemple, à Madagascar, la mortalité des enfants de moins de 5 ans a baissé de 23 % entre 2003 et 2009, en Tanzanie environ 20 millions de moustiquaires ont été distribuées entre 2007 et 2010. Au Malawi, une réduction significative de la prévalence chez les enfants a été enregistrée entre 2001 et 2009 passant de 61 à 20 %.

Roll Back Malaria avertit que ces résultats pourraient se trouver brutalement menacés par un possible recul des financements dans les années à venir. Pourtant les bénéfices enregistrés dépassent de loin les faibles investissements engagés : quelques dollars permettent d'acheter des moustiquaires pour une famille entière, pour un peu plus d’un dollar ou moins on peut acquérir un traitement efficace dans de très nombreux pays du continent.

Les interventions de lutte antipaludique sont considérées parmi les plus rentables, elles permettent non seulement de sauver des vies, mais aussi d’accélérer les progrès pour d’autres objectifs de santé et de développement, notamment la réduction de l’absentéisme scolaire, la lutte contre la pauvreté et l’amélioration de la santé maternelle et infantile. De nouvelles données indiquent que chaque dollar investi contre le paludisme en Afrique générerait en retour plus de 40 dollars de PIB.

Le Partenariat Roll Back Malaria (RBM) est un cadre mondial visant à mettre en œuvre une action coordonnée contre le paludisme.

(Interview : Éric Mouzin, médecin épidémiologiste avec le Partenariat Roll Back Malaria ; propos recueillis par Isabelle Dupuis)

Classé sous Dossiers, L'info, Santé.
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13/12/2017
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