Ukraine : “Le vote d’aujourd’hui est un échec pour le Conseil de sécurité et les Nations Unies”, déplore Sylvie Lucas

Écouter /

On trouvera ci-dessous, le texte de l'explication de vote faite le samedi 15 mars par Sylvie Lucas, Présidente du Conseil de sécurité au mois de mars, en sa capacité de Représentante permanente du Luxembourg auprès des Nations Unies

—–

Le Luxembourg regrette profondément que la résolution proposée par les États-Unis d’Amérique sur la situation en Ukraine n’ait pas pu être adoptée en raison du vote négatif d’un membre permanent, la Russie.

Le Luxembourg a voté en faveur du projet de résolution et s’est aussi porté coauteur du texte, à l’instar d’un grand nombre d’États Membres des Nations Unies. Pourquoi ? Parce que ce projet de résolution était axé sur les principes et le dialogue.

1. Les principes d’abord. Contrairement à ce qu’a dit notre collègue russe, le projet de résolution n’avait pas pour objet d’exacerber les tensions. Le projet de résolution avait pour objet de rappeler les buts et principes des Nations Unies, tels qu’ils figurent notamment dans l’article

2 de la Charte. Le projet de résolution avait pour objet de réaffirmer l’attachement du Conseil de sécurité à la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues. Des principes qui devraient faire l’unanimité au sein du Conseil de sécurité.

En effet, la Charte des Nations Unies dispose que, dans l’accomplissement de ses devoirs, le Conseil de sécurité, je cite, << agit conformément aux buts et principes des Nations Unies >>. Fin de citation. Aujourd’hui, le veto russe a empêché le Conseil de sécurité de se conformer à cette disposition.

2. Le dialogue ensuite. En application du Chapitre VI de la Charte des Nations Unies, le projet de résolution dont le Conseil était saisi ce matin avait pour objectif d’exhorter toutes les parties à rechercher immédiatement un règlement pacifique par le dialogue politique direct, et faire preuve de retenue, à s’abstenir de tout acte unilatéral et de tout discours incendiaire de nature à exacerber les tensions, et à participer pleinement aux efforts internationaux de médiation. Or, le référendum organisé demain en Crimée tend à modifier le statut de ce territoire ukrainien contre la volonté de l’Ukraine. Si ce référendum devait avoir lieu, cela constituerait un acte unilatéral qui risquerait de déstabiliser très gravement l’Ukraine et toute la région.

En vertu de la Charte des Nations Unies, les États Membres de I’ONU ont confié au Conseil de sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Aujourd’hui, le veto russe a empêché le Conseil de sécurité d’assumer cette responsabilité dans l’intérêt de la paix et de la sécurité en Ukraine, en Europe.

Le référendum organisé demain en Crimée est contraire à la Constitution de l’Ukraine, qui dispose que le territoire de l’Ukraine est indivisible et inviolable. Le référendum est également contraire à la Constitution de la République autonome de Crimée. La communauté internationale ne saurait reconnaître son résultat d'aucune manière.

Le référendum du 16 mars s’inscrit dans un engrenage néfaste. La décision prise le 1er mars par le Conseil de la Fédération de Russie d’autoriser l’utilisation des forces armées russes sur le territoire de l’Ukraine et les actions entreprises depuis lots sur le terrain constituent une violation flagrante du droit international. Ces actions violent les engagements que la Russie a pris envers l’Ukraine dans le cadre du Mémorandum de Budapest de 1994 et dans le cadre du Traité d’amitié, de coopération et de partenariat signé en 1997 entre la Russie et l’Ukraine.

Le projet de résolution, s'il avait été adopté, aurait contribué à arrêter cet engrenage néfaste et la surenchère nationaliste qui l’accompagne.

Le vote d’aujourd’hui est donc un échec. Un échec pour le Conseil de sécurité et les Nations Unies. Un échec pour l’Ukraine. Mais aussi un échec pour la Russie.

Serait-il naïf d’espérer, que malgré cet échec, nous puissions encore trouver une issue pacifique à cette crise que la Russie impose à l’Ukraine et à la communauté internationale ?

Pour sa part, le Luxembourg ne veut pas abandonner cet espoir. Même s’ils n’ont pas encore porté leurs fruits, les efforts diplomatiques doivent se poursuivre pour aboutir à une solution qui respecte l’indépendance politique, la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, dans l’intérêt de la paix, de la stabilité et de la prospérité en Europe.

Je vous remercie.

(Extrait sonore : Sylvie Lucas, Présidente du Conseil de sécurité, Représentante permamnente du Luxembourg auprès des Nations Unies)

Le dernier journal
Le dernier journal
28/08/2014
Loading the player ...