Mali : Suliman Baldo préoccupé par la situation des droits humains au Nord

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Le Conseil des droits de l'homme a examiné, ce mercredi à Genève, le rapport de l'Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme au Mali. Suliman Baldo estime que malgré « les progrès remarquables dans la mise en œuvre de sa sortie d'une crise profonde, « le pays demeure fragile ». Dans une interview accordée à la Radio des Nations Unies, il rappelle que ce « n'est pas la stabilité, ce n'est pas encore la paix au Mali ». Selon l'expert, « la situation sécuritaire reste toujours préoccupante surtout dans le nord du pays où certains groupes armés djihadistes recommencent à être actifs ».

Il a ainsi noté avec grande préoccupation que les groupes armés djihadistes continuent d'être impliqués dans des violations graves des droits de l’homme dans le nord du pays.  Il a dit avoir pu réunir des informations sur des cas de violations graves des droits de l’homme commis par le MNLA, le Mouvement national de libération de l'Azawad. Il a également reçu des informations faisant état de violations des droits de l’homme – exécutions sommaires, disparitions forcées, viols, pillages notamment – perpétrées par les forces armées maliennes contre des populations civiles du Nord, essentiellement des membres des communautés arabes et touarègues des régions de Kidal, Gao et Tombouctou.

Devant le Conseil des droits de l'homme, Suliman Baldo s'est dit « particulièrement préoccupé par les récentes vagues de violence qui se déroulent entre les différentes communautés ethniques et raciales du Nord », notamment entre les Arabes, les Peuls, les Touaregs et les Songhaïs. Selon lui,  la prolifération des armes dans différentes communautés, du fait de l'absence d'une présence de l'État en dehors des principales villes du Nord, renforce le risque de violences intra et intercommunautaires. L'Expert indépendant constate que, dans le contexte actuel, les risques de violations graves des droits de l’homme sont particulièrement importants car les actes d'un individu sont imputés à l'ensemble de sa communauté et le moindre incident peut mettre le feu aux poudres.

Malgré les « efforts louables » des autorités dans la lutte contre l'impunité, « la justice malienne éprouve d'énormes difficultés dans la poursuite des présumés auteurs des crimes graves » commis par les rebelles comme par les forces armées, a poursuivi L'Expert indépendant. Les enquêtes peinent à progresser de manière satisfaisante car les acteurs de la chaine pénale impliqués dans la gestion de ces dossiers sont situés assez loin du lieu où les crimes ont été commis et ils n'ont pas les moyens de se rendre sur place. M. Baldo suggère aux autorités de mettre en place des « cellules d'appui judiciaires » et des « centres mobile d'écoute » pour entendre les témoins sur les lieux même des violations.

En conclusion, l'Expert indépendant a cité ce que lui a confié un réfugié malien à Nouakchott en Mauritanie, auquel il demandait ce qui pouvait l'inciter à rentrer au pays, lui et ses proches. Celui-ci lui a répondu : « Le Mali, c'est notre pays. On va y rentrer même en rampant mais il nous faut d'abord des assurances pour notre sécurité et la possibilité de réclamer nos biens s'ils ont été expropriés pendant notre absence. Nous voulons aussi la justice pour les épisodes passés d'injustice et de punitions collectives subies par les membres de notre communauté ».

(Interview : Suliman Baldo, Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme au Mali ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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21/11/2014
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