Genève : Le Conseil des droits de l'homme ouvre ses travaux par un débat ministériel

Écouter /

Le Conseil des droits de l’homme a ouvert ce matin sa vingt-cinquième session ordinaire, principale session de 2014. Il a entendu le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon; le Président de l’Assemblée générale, John Ashe; la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay; et le Président de la Suisse, Didier Burkhalter. Le Conseil, présidé par Baudelaire Ndong Ella du Gabon, a ensuite entamé son débat de haut niveau au cours duquel s’est exprimé en particulier le Président de la Tunisie, ainsi que plusieurs ministres.

 

Le Secrétaire général a affirmé que les droits de l’homme étaient «menacés par des atteintes à grande échelle qui entachent le paysage moral. Ban Ki-moon a constaté que, de la Syrie au Soudan du Sud en passant par la République centrafricaine, les conflits constituaient de tristes témoignages de ce qu’il advenait lorsque les criminels se sentaient libre de commettre des abus sans en craindre les conséquences. S’agissant du rapport de la Commission d’enquête sur la République populaire démocratique de République de Corée, il a appelé ce pays à œuvrer de concert avec la communauté internationale pour améliorer les droits et les conditions de vie de sa population. Le Secrétaire général a constaté qu’en Syrie, toutes les parties avaient commis «des violations des droits de l’homme d’une étendue et d’une nature inimaginables». Les États membres du Conseil des droits de l’homme et du Conseil de sécurité ont le devoir de mettre un terme à ce conflit sanglant et de fermement établir les responsabilités. Il a précisé que le travail du Conseil en matière de reddition de comptes et pour mettre fin à l’impunité est essentiel.

 

De son côté, John Ashe s’est félicité que l’Assemblée générale ait achevé avec succès le 7 février les négociations intergouvernementales sur le renforcement du système des organes conventionnels. Après avoir rappelé la priorité de son mandat, à savoir l’établissement du programme de développement pour l’après-2015, le Président de l’Assemblée générale a souligné qu’il s’agissait de planifier les efforts mondiaux à cet égard pour les décennies à venir.

John Ashe a souhaité, malgré les nombreux défis et obstacles qui restent à surmonter rendre un hommage appuyé au Conseil depuis sa création. Il a fait valoir que depuis sa création en mars 2006, ce Conseil a été le promoteur de normes mondiales pour renforcer la protection et la promotion des droits de l’homme dans le monde. Malgré les contraintes budgétaires, le Conseil a continué de mettre l’accent sur les violations et les abus persistants et pressants des droits de l'homme qui affligent notre monde et ses habitants. Grâce à l’adoption de plus en plus de mandats et d'extensions, de résolutions et de décisions, ainsi qu'à la convocation de débats thématiques et de dialogues interactifs, ce Conseil peut être fier de ses nombreuses réalisations. Les travaux de ce Conseil sont une affirmation que les droits fondamentaux et les libertés fondamentales sont inhérents à tous les êtres, que ce sont des droits inaliénables également applicables à tout le monde, à tout moment. Aussi, je vous remercie pour la défense de ceux qui ne pouvaient pas et ne peuvent pas le faire pour eux-mêmes, et pour rappeler aux États Membres que la Déclaration universelle des droits de l'homme doit être appliquée en totalité et non de façon sélective.

Pour sa part, la Haut-Commissaire aux droits de l’homme s’est elle aussi félicitée de l’adoption par l’Assemblée générale d’une résolution qui améliore l’architecture du système des organes conventionnels. La Haut-Commissaire a estimé que la lutte contre la discrimination sous toutes ses formes est au cœur de son mandat et des travaux du Conseil. L’intolérance affecte la jouissance de leurs droits par les peuples autochtones, les migrants, les minorités, les personnes lesbiennes, gay, bisexuelles et transgenre et d’autres groupes marginalisés.

 

Au nom du pays hôte, le Président de la Confédération suisse, M. Didier Burkhalter, a regretté qu’en dépit des conventions en vigueur, dont la Première Convention de Genève, les normes minimales ne soient pas respectées dans les conflits armés, notamment en Syrie. S’exprimant aussi en tant que président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), M. Burkhalter a déclaré que les récents événements en Ukraine ont mis en lumière la nécessité de promouvoir un dialogue, de restaurer la confiance, de réaffirmer des valeurs communes et de reconstruire des ponts entres les régions européennes atlantiques et asiatiques. Une Ukraine stable, démocratique et unie est dans l’intérêt de tous, a encore déclaré M. Burkhalter, soulignant que son pays avait proposé la réunion d’un groupe de contact international sur l’Ukraine, dont la tâche essentielle sera de soutenir le pays dans sa période de transition.

À ce sujet, le Ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déploré que certains pays soutiennent en Ukraine des actes contraires à la légalité. Il a appelé au respect de l’accord du 21 février qui prévoyait la création d’un gouvernement d’entente nationale et a justifié les initiatives de son pays en Ukraine afin de protéger les droits de la population.

 

Le Président de la Tunisie, Moncef Marzouki, a pour sa part estimé que l’expérience de son pays montre qu’il ne saurait y avoir de prospérité sans moralité et dialogue. Il a aussi souligné que les populations aspirent à l’universalité tout en préservant leur héritage culturel.

 

Djibril Bassolé, Ministre des affaires étrangères et de la coopération régionale du Burkina Faso, a déploré l’enlisement de la situation des droits de l’homme en Syrie, appelant la communauté internationale à trouver une issue à ce conflit. Avec la même attention, le Burkina attend de la communauté internationale qu’elle se mobilise pour que cessent les atteintes intolérables aux droits de l’homme en République centrafricaine et au Soudan du Sud, a demandé le ministre burkinabè. Son pays souhaite que s’instaurent dans les pays la tolérance religieuse et la coexistence pacifique entre toutes les religions et les peuples, socles d’un développement économique et social respectueux des droits de l’homme.

 

Djibril Bassolé a également observé qu’alors que l’Est de la République Démocratique du Congo, le Mali et la Somalie ont retrouvé une accalmie, d’autres foyers de tension viennent rappeler que les efforts de prévention des conflits ne doivent pas être relâchés. C’est pour cela que le Burkina a axé sa politique étrangère sur la facilitation et la médiation conduites par le Président Blaise Compaoré. Le Burkina fournit en outre des troupes dans huit théâtres d’opérations de maintien de la paix, notamment au Mali au sein de la Mission intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA), a rappelé le Ministres des affaires étrangères. Dans le contexte de la crise et de ses conséquences sur la paix et la sécurité, le Burkina a favorablement accueilli la mise en place de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel, qui reconnaît le lien entre le développement, la paix et la sécurité et contribuera sans doute à freiner et éteindre les foyers potentiels de conflit dans la région, s’est réjoui le ministre. Alors que son mandat en tant que membre du Conseil des droits de l’homme tire vers sa fin, le Burkina a présenté la quasi-totalité de ses rapports devant les organes conventionnels, a enfin fait valoir Djibril Bassolé.

 

Parmi les autres interventions, il faut signaler celle d'Émmanuel Issoze Ngondet, Ministre des affaires étrangères de la Francophonie et de l’intégration régionale du Gabon, a déclaré que le Gabon attache une grande importance au respect des droits de l’homme, en réaffirmant l’attachement de son pays aux valeurs et principes inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi qu’à l’état de droit et à la démocratie. Le Gabon assume la présidence du Conseil à un moment crucial; le Conseil s’affirme en effet de plus en plus par ses actions et son leadership et apporte des réponses à un large éventail de situations thématiques et de violations des droits de l’homme à travers le monde. Le Gabon s’efforcera de favoriser le dialogue, l’engagement et la coopération au cours de sa présidence. Le renforcement des droits de l’homme a pour corollaire la paix sociale et le développement économique, a poursuivi M. Ngondet. Le Gabon a mis en place de nouvelles institutions en vue de consolider l’état de droit, qui constitue un pilier important du Plan Stratégique Gabon émergent à l’horizon 2025. À cet effet, des mesures ont été prises pour améliorer la jouissance des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels au quotidien. Entre autres, un registre biométrique a été introduit pour améliorer l’état civil et la transparence des élections et l’administration du cadastre a été réorganisée. Le Gouvernement a également adopté des lois visant à protéger les femmes et les enfants, ainsi qu’à lutter contre les discriminations. Un nouveau régime juridique protège les mineurs contre le trafic et l’exploitation sexuelle, a fait valoir le ministre. En outre, la lutte contre la corruption est au cœur de l’action du Gouvernement, qui a créé une Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement. Par ailleurs, Emmanuel Issoze Ngondet a estimé que le développement doit intégrer les principes cardinaux des droits de l’homme, tels que la participation, l’équité et la non-discrimination.

 

Le ministre a annoncé que le Gabon va lancer une initiative mondiale visant à promouvoir un consensus international sur la relation entre droits de l’homme et développement durable. Cette initiative contribuera à la réalisation des droits de l’homme au niveau international, régional et national. De plus, Emmanuel Issoze Ngondet a appelé la communauté internationale à se mobiliser pour mettre en place une approche pragmatique en vue de trouver les solutions les plus appropriées à la question du respect des droits des migrants, sujet cher à l’Afrique. Pour conclure, le Ministre a réitéré l’engagement du Gabon à travailler avec tous les partenaires pour faire face à la crise en République centrafricaine et répondre en urgence aux situations graves de violations des droits de l’homme.

(Mise en perspective par Jérôme Longué avec des extrait sonores de John Ashe, Président de l'Assemblée générale des Nations Unies; de Djibril Bassolé, Ministre des affaires étrangères et de la coopération régionale du Burkina Faso; et d'Émmanuel Issoze Ngondet, Ministre des affaires étrangères de la Francophonie et de l’intégration régionale du Gabon)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
17/10/2017
Loading the player ...