Côte d'Ivoire : le plaidoyer de Doudou Diène pour une justice équitable

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Doudou Diène, Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme en Côte d'Ivoire.

Le Conseil des droits de l'homme a examiné, ce mardi après-midi, le rapport de l'Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme en Côte d'Ivoire. Doudou Diène a noté avec préoccupation le blocage du dialogue politique alors qu'on assiste à un retour de la violence verbale partisane et polarisante dans le discours politique. Une tendance inquiétante dans le contexte préélectoral des élections présidentielles de 2015.

Dans une interview accordée à la Radio des Nations Unies, l'expert sénégalais est aussi revenu sur le transfèrement de Charles Blé Goudé, un proche de l’ex-président Laurent Gbagbo, de la Côte d’Ivoire vers la Cour pénale internationale (CPI). Selon Doudou Diène, la CPI et la justice internationale sont en train de faire leur travail. Mais il souligne l'urgence pour la justice tant nationale qu'internationale d'être équitable. C'est-à-dire, « engager des poursuites contre tous les auteurs de crimes graves, sans tenir compte de leur statut ni de leur appartenance ethnique, religieuse ou politique ».

Jugeant centrales les questions de l'impunité et de l'équité de la justice dans la réconciliation nationale, la reconstruction démocratique et la promotion des droits de l'homme, M. Diène note que persiste de manière inquiétante la perception d'une justice à deux vitesses, nourrie par le fait que seuls les auteurs de violations de droits de l'homme proches de l'ancien pouvoir ont été jusqu'ici poursuivis, tant par la justice nationale ivoirienne que par la justice pénale internationale.

Dans ces conditions, il recommande, dans son rapport, de poursuivre aussi « en justice les membres des Forces républicaines de Côte d'Ivoire responsables des exactions contre la population et entreprendre, avec le support de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), un filtrage plus rigoureux des éléments des forces de sécurité et de défense.

En outre, Doudou Diène plaide pour l'exclusion  des lois d'amnistie générale dans le cadre des négociations politiques en cours, notamment pour les crimes internationaux tels que le génocide, les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre, qui sont imprescriptibles.

Il demande enfin d'accélérer le jugement ou la libération de personnes détenues depuis plus de deux ans suite à la crise postélectorale, notamment en mettant à profit des éléments du rapport de la Commission nationale d'enquête et en travaillant à la tenue régulière des assises criminelles

Par ailleurs, le rapport de Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme en Côte d'Ivoire fait état aussi d'une situation sécuritaire qui s'améliore tout en demeurant fragile en raison de la persistance d'une culture de violence, du nombre important d'anciens combattants pas encore démobilisés et du fait que des groupes de Dozos continuent à assumer, dans certaines régions, des fonctions sécuritaires régaliennes de l'État.

L'Expert indépendant souligne l'urgente nécessité d'accorder la plus haute priorité à la situation des victimes de la longue crise ivoirienne « afin qu'elles ne soient pas « sacrifiées sur l'autel des arrangements politiciens ».

Enfin il plaide également en faveur d'une meilleure prise en compte des droits économiques et sociaux de la population et notamment de leur jouissance effective de la croissance économique de la Côte d'Ivoire.

(Interview : Doudou Diène, Expert indépendant sur la situation des droits de l'homme en Côte d'Ivoire ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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19/12/2014
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