Conseil des droits de l'homme : débat sur les violences sexuelles en RDCongo

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Mme Wivine Mumba Matipa, Ministre de la justice et des droits de l’homme de la République démocratique du Congo (Photo: ONU/J.M.Ferré)

Le Conseil des droits de l’homme a tenu ce mardi matin un «dialogue de haut niveau» sur les leçons apprises et les défis persistants dans la lutte contre les violences sexuelles en République démocratique du Congo (RDC).

Dans une déclaration liminaire, la Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Navi Pillay, s’est dite alarmée par la violence sexuelle et sexiste qui prévaut en RDC, à la fois dans le contexte du conflit armé dans les provinces de l’Est et dans le reste du pays.  Dans la région en conflit, la violence sexuelle a été utilisée comme arme de guerre visant à intimider les communautés locales et à punir les civils pour leur collaboration réelle ou supposée avec des forces rivales.

La Ministre de la justice et des droits de l’homme de la République démocratique du Congo a tenu à rappeler que, pendant plus d’une décennie, son pays, notamment dans sa partie orientale, a été déchiré, ravagé et ensanglanté par des conflits armés récurrents imposés de l’extérieur.

Selon Mme Wivine Mumba Matipa, les violences, les viols individuels ou collectifs, les agressions physiques, le harcèlement sexuel, la prostitution forcée ou encore l’esclavage sexuel et les mutilations génitales ont été utilisés comme armes de guerre.  En 2011, plus de 11 000 cas de violences sexuelles avaient été recensés; en 2012, il y en a eu 18 076.  Pour le premier semestre 2013, 7 848 cas ont été enregistrés.  La province du Nord Kivu est particulièrement touchée par ce phénomène.

C’est dans ce contexte que le Gouvernement congolais, appuyé par ses partenaires internationaux et la société civile, a élaboré dès 2009, une stratégie nationale dénommée STAREC, a indiqué la ministre.  Elle a pour objectif de coordonner efficacement la prévention, la protection et les réponses multisectorielles ou holistiques.  La stratégie met également l’accent sur la répression.  Ainsi, 8 900 dossiers ont été transmis à la justice entre 2012 et 2013.  Parmi ces dossiers figure le procès Minova, dans lequel sont jugés des éléments des Forces armées nationales accusés de graves viols commis en novembre 2012 lors de la prise de la ville de Goma par «la force négative M23», a déclaré Mme Mumba Matipa.  Le plan intègre également la prise en charge psychologique, les soins médicaux et la réinsertion socio-économique des victimes.  Avec la réforme de la sécurité, la prévention est aussi inscrite au cœur de ce plan d’action, notamment par la création de cellules et d’unités de lutte contre les violences sexuelles au sein des forces de sécurité, a ajouté la ministre.

Mais dans un climat de conflit ou de post conflit, de nombreux défis persistent.  Ces défis dépassent les capacités actuelles des acteurs tant nationaux qu’internationaux, a poursuivi Mme Mumba Matipa, citant notamment des difficultés pour renforcer les effectifs de magistrats, sanctionner ceux qui libèrent les auteurs présumés de violences sexuelles, améliorer les soins en faveur des victimes et survivants, garantir leur indemnisation ou encore renforcer la coordination des interventions et étendre la stratégie nationale à d’autres provinces du pays.  Mme Mumba Matipa, qui estime que la violence sexuelle n’est ni immuable ni inévitable, a conclu en déclarant qu’elle n’est pas non plus la spécificité de son pays et en affirmant la détermination de son gouvernement à poursuivre l’action entamée.

(Interview : Wivine Mumba Matipa, Ministre de la justice et des droits de l’homme de la République démocratique du Congo ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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28/07/2014
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