République populaire démocratique de Corée : une commission d'enquête de l'ONU demande la saisine de la CPI

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Michael Kirby, Président de la Commission d'enquête de l'ONU sur la RPDC (Photo: ONU(J.M. Ferré)

«De multiples crimes contre l’humanité, découlant de politiques établies au plus haut niveau de l’Etat, ont été commis et continuent d’avoir lieu en République populaire démocratique de Corée (RPDC)».  La commission d’enquête internationale de l'ONU présidée par le juge australien Michael Kirby réclame une action urgente de la part de la communauté internationale pour faire face à la situation des droits de l’homme dans le pays, y compris la saisine de la Cour pénale internationale (CPI).

 

La Commission d’enquête de l’ONU établit que des violations systématiques et étendues des droits de l’Homme sont commises par la République populaire démocratique de Corée. Et dans de nombreux cas, ces abus constituent des crimes contre l’humanité. Dans ce document de 400 pages, basé sur des témoignages directs de victimes et de témoins, l'équipe de Michael Kirby décrit de manière très détaillée les «atrocités abominables» perpétrées par  Pyongyang.

Selon le Président de la Commission d'enquête, ces multiples crimes découlant de politiques établies au plus haut niveau de l’Etat, continuent d’avoir lieu. Ces crimes contre l'humanité impliquent des exterminations, meurtres, esclavage, tortures, emprisonnements, viols, avortements forcés et autres formes de violences sexuelles, persécutions pour des motifs d'ordre politique, religieux, racial ou sexiste, le transfert forcé de populations, les disparitions forcées de personnes et des actes inhumains causant intentionnellement une famine prolongée, indique le rapport. Il précise, par ailleurs, que des crimes contre l'humanité sont en train d'être commis en République populaire démocratique de Corée parce que les politiques, les institutions et les schémas d'impunité qui se trouvent à leur fondement sont toujours en place.

Le document cite aussi des éléments fournis par diverses personnes, victimes ou témoins, notamment sur le traitement atroce réservé aux prisonniers politiques. Certains ont ainsi indiqué avoir été forcés d'attraper des serpents et des souris pour nourrir leurs bébés mal nourris. D'autres ont raconté avoir vu des membres de leur famille être assassinés dans les camps de prisonniers et des détenus sans défense être utilisés pour la pratique des arts martiaux.

Par ailleurs, la commission estime que le nombre de prisonniers politiques se situe entre 80.000 et 120.000 personnes détenues dans quatre grands camps où la famine est utilisée de manière délibérée pour les contrôler et les punir.

Face à l'ampleur d'une telle cruauté, Michael Kirby pense que la communauté internationale ne pourrait plus plaider l’ignorance comme excuse pour son inaction. Il appelle dans ses conclusions le Conseil de sécurité des Nations Unies à saisir la Cour Pénale Internationale pour que les responsables de crimes en Corée du Nord rendent des comptes.

Dans leur lettre au Chef suprême, Kim Jong-un, les commissaires déclarent qu'ils recommanderont le renvoi de la situation en RPDC à la Cour pénale internationale afin que toutes les personnes, y compris le Chef suprême, qui pourraient être responsables des crimes contre l'humanité mentionnés dans leur lettre et dans le rapport de la Commission, rendent des comptes.

Autres recommandations faites à la RPDC, à la Chine et à d'autres Etats, ainsi qu'à la communauté internationale, la Commission appelle le Conseil de sécurité à adopter des sanctions ciblées contre les personnes qui semblent porter la responsabilité la plus lourde pour ces crimes contre l'humanité, en insistant sur le fait que les sanctions ne devraient pas cibler la population ou l'économie dans son ensemble.

(Mise en perspective d'Alpha Diallo ; avec un extrait sonore de Michael Kirby, Président de la Commission d'enquête de l'ONU sur la RPDC)

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20/10/2017
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