RCA : Navi Pillay rappelle aux dirigeants centrafricains leur responsabilité pénale individuelle sur les exactions

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La capitale centrafricaine était secouée ce mercredi par des tirs et des explosions aux abords de l’aéroport, où des manifestants ont érigé des barricades contre les opérations des forces française et africaines visant les miliciens anti-balaka. Alors que des atrocités continuent à être perpétrées en République centrafricaine (RCA), la Haut-Commissaire des Nations Unies a rappelé aux dirigeants placés en position d'autorité qu'ils ont des obligations légales. Navi Pillay a précisé qu'ils pourraient avoir à rendre personnellement des comptes pour les graves violations des droits de l'homme commises du fait de leurs actions ou de leurs omissions, violations qui pourraient constituer des crimes contre l'humanité.

« Je tiens à rappeler à tous les dirigeants occupant des positions importantes, qu'ils appartiennent aux anti-Balaka, aux ex-Séléka ou à l'ancienne armée FACA, qu'ils ont des obligations claires découlant du droit international. Ils ont l'obligation de ne pas commettre, ordonner, inciter ou être à l'origine de violations du droit international, et d'empêcher leurs subordonnés de commettre de telles violations », a ajouté la Haut-Commissaire.

Bien que la situation générale à Bangui a semblé un peu plus calme ce début de semaine, « des informations indiquent que les meurtres et la violence continuent. L'assassinat récent d'un parlementaire qui avait demandé que les personnes responsables de violations des droits de l'homme soient arrêtées est un développement très inquiétant, car il sape l'effort embryonnaire visant à rétablir la sécurité et l'état de droit en République centrafricaine », a déclaré Navi Pillay.

« Bien que quelques groupes d'ex-Séléka en tenue civile continuent à prendre pour cible des civils chrétiens à Bangui, la plupart des violations des droits de l'homme en cours sont le fait d'éléments anti-Balaka qui semblent être chaque jour plus organisés », a-t-elle poursuivi. « La situation évolue aussi dangereusement hors de Bangui. Après leur retraite du sud et de l'ouest du pays, les forces ex-Séléka sont maintenant en train de se regrouper dans leur bastion traditionnel du nord, notamment dans les régions de Vakaga, Batafango et Kaga Bandoro. Ce mouvement est en train de provoquer un nouveau cycle de violence, alors qu'ils emploient une tactique de terre brûlée, détruisant les villages, brûlant les semences et les outils, et tuant les civils qu'ils croisent sur leur chemin », a déclaré Navi Pillay.

Les éléments anti-Balaka prennent délibérément pour cible la population musulmane de la capitale, notamment dans les quartiers de Miskine, Malinaka, Combattant et dans les 3ème, 5ème et 8 ème arrondissements. Ces attaques, qualifiées parfois d'« opérations de nettoyage » par des éléments anti-Balaka, sont généralisées. Elles incluent des meurtres, des viols, des pillages et la destruction de maisons appartenant à des musulmans. « Le degré de destruction est catastrophique. Les portes, les cadres des fenêtres, les toits des maisons sont brûlés ou enlevés. Même les murs sont réduits à l'état de ruines, avec l'intention manifeste de décourager les musulmans de revenir », a déclaré la Haut-Commissaire.

« Le degré de cruauté et de mépris pour la vie et la dignité humaines est effroyable, avec des mutilations de corps en public, des amputations d'organes génitaux et d'autres parties du corps, des décapitations et au moins un fait signalé de cannibalisme, répandant encore davantage la terreur au sein de la population musulmane », a déclaré Navi Pillay.

La Chef des droits de l'homme s'est dite aussi très « préoccupée par les discours haineux diffusés à la télévision contre les musulmans par des anti-Balaka. Je condamne également les déclarations publiques faites par des membres du Conseil national de transition au Parlement incitant aux violences intercommunautaires et justifiant le lynchage brutal d'un homme soupçonné d'être un ex-Séléka par des éléments des FACA le 5 février dernier ».

Pour mettre un terme au cycle de violence et de vengeance, Navi Pillay pense qu'il faut que tous les efforts possibles soient entrepris pour rétablir la sécurité et l'état de droit, et garantir que justice soit faite. « Mon équipe travaille avec le ministère de la justice pour garantir que les enquêteurs et procureurs puissent reprendre leurs activités et s'assurer que les personnes responsables de crimes et violations des droits de l'homme rendent des comptes. La chaîne pénale doit, à tous les stades du processus judiciaire, être remise en route dès que possible pour aider à combattre le sentiment croissant d'impunité absolue qui règne en République centrafricaine », a conclu la Haut-Commissaire.

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

 

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18/10/2017
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