OMS: Augmentation dans la demande de soins palliatifs à travers le monde

Écouter /

En Inde, on administre des soins palliatifs à une patiente-OMS/Chris de Bode

Les soins palliatifs que l'on peut définir au sens large comme des soins destinés à éviter ou atténuer la douleur en cas d'affection potentiellement mortelle font depuis longtemps figure de parent pauvre dans le domaine des soins de santé.

On estime à 40 millions le nombre des patients qui ont besoin chaque année de soins palliatifs selon l'Atlas mondial des soins palliatifs qui sera publié prochainement par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) en collaboration avec l'Alliance mondiale pour les soins palliatifs. Vingt et un millions d'entre eux ont besoin de ces soins en fin de vie, dont plus de 90% à la suite d'une maladie non transmissible.

Comme le fait observer le Dr Shanthi Mendis, Directeur par intérim du Département Prise en charge des maladies non transmissibles à l'OMS, «la majorité de ceux qui ont besoin de soins palliatifs vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire où ils n'ont dans le meilleur des cas qu'un accès limité aux services les plus élémentaires de soins palliatifs; ils meurent souvent après avoir dû supporter des douleurs et des souffrances évitables».

«On estime que 42% des pays ne disposent d'aucun service de soins palliatifs et que 30% dispensent des services limités dont ne bénéficie qu'une faible partie de la population», ajoute le Dr Mendis.

L'OMS s’apprête à soumettre à son prochain Conseil exécutif un rapport sur les besoins croissants des services de soins palliatifs dus selon elle en partie au vieillissement de la population et à la prévalence accrue des maladies non transmissibles.

De fait, le Plan d'action mondial de l'OMS pour la lutte contre les maladies non transmissibles 2013-2020 mentionne les soins palliatifs parmi les domaines auxquels les États Membres sont rendus attentifs.

Cette année, dans une résolution sur la couverture sanitaire universelle, l'Assemblée mondiale de la Santé mentionne les soins palliatifs parmi les services de qualité pouvant être fournis à un prix abordable par le système de santé, à tous les niveaux de soins, à l'ensemble de la population.

D'après ce rapport, les raisons pour lesquelles les besoins de soins palliatifs ne sont pas satisfaits comprennent notamment: une sensibilisation insuffisante, des politiques nationales inadéquates et le manque d'installations satisfaisantes et de personnel ayant reçu une formation appropriée. L'accès aux analgésiques opioïdes nécessaires pour soulager une douleur modérée ou sévère est limité dans beaucoup de pays.

Ce n'est pas la première fois que l'OMS souligne l'importance des soins palliatifs. En 2005, le Secrétariat a soumis aux organes directeurs de l'OMS – le Conseil exécutif et l'Assemblée mondiale de la Santé – un rapport intitulé Prévention et lutte anticancéreuses (A58/16) soulignant l'importance des soins palliatifs aux côtés des services de prévention, de dépistage et de traitement du cancer.

Le rapport soumis à la session du Conseil exécutif qui aura lieu du 20 au 25 janvier 2014 élargit le champ des précédents efforts pour répondre aux besoins de soins palliatifs – puisqu'il ne s'agit plus seulement d'en faire bénéficier les malades du cancer mais aussi les victimes d'autres affections chroniques comme le sida et la tuberculose multirésistante.

Pour le Directeur du Département de l’OMS Médicaments essentiels et produits de santé qui héberge le programme d'accès aux médicaments réglementés, Kees de Joncheere, «les soins palliatifs doivent faire partie de l'ensemble continu des soins offerts. L'OMS et la plupart de ses États Membres ont défini des programmes et des approches systématiques pour les soins préventifs et curatifs. Or, si les soins curatifs échouent ou si leur échec est probable, rares sont les pays qui disposent d'approches systématiques de soins palliatifs pour faire face à la situation.»

Pour bien prendre en charge le type de douleur couramment associé aux maladies à issue mortelle, on devrait assurer aux patients l'accès à divers analgésiques opioïdes puissants – antidouleurs dérivés de l'opium ou opioïdes de synthèse – préconisent les Guidelines for the pharmacological treatment of persisting pain in childhood illness publiées l'an dernier – la plus récente série de directives de l'OMS sur le contrôle de la douleur.

On estime que 80% des malades du cancer, 80% des cas de sida, 67% des cas de maladies cardio-vasculaires chroniques et 67% des cas de bronchopneumopathies chroniques obstructives sont confrontés à une douleur modérée ou sévère en fin de vie, selon une étude publiée dans le Journal of Pain and Symptom Management en janvier 2006. Parfois, le recours à la morphine ou aux analgésiques apparentés constitue le seul moyen de prendre en charge la douleur.

«Nous avons les médicaments qu'il nous faut pour prendre en charge la douleur dans les soins palliatifs et nous savons comment les administrer,» déclare Willem Scholten, ancien membre du personnel de l'OMS et actuellement consultant indépendant spécialisé dans la réglementation pharmaceutique et les politiques de contrôle des drogues. «Et pourtant beaucoup de pays choisissent de ne pas les utiliser.»

La Convention unique sur les stupéfiants de 1961 et la Convention sur les substances psychotropes de 1971 – les deux conventions des Nations Unies sur le contrôle international des drogues – sur lesquelles sont fondés la plupart des règlements nationaux sur les médicaments susceptibles d'être détournés de leur fin première ou de donner lieu à des abus, reconnaissent que l'accès à ces produits est indispensable à des fins médicales et ne devrait pas faire l'objet de restrictions excessives.

Cette année, la liste des médicaments essentiels de l'OMS a été révisée pour ajouter une section sur les médicaments destinés aux soins palliatifs: «il faut espérer – déclare le Dr de Joncheere – qu'en application des conventions des Nations Unies, tous les gouvernements dispenseront ces médicaments à ceux qui en ont besoin.»

Les attitudes sont peut-être en train de changer en raison des appels croissants d'organismes internationaux en faveur d'un réexamen des politiques nationales d'achat et de distribution de morphine.

Ainsi par exemple, en 2010, la Commission des stupéfiants des Nations Unies a adopté une résolution visant à promouvoir un approvisionnement adéquat en médicaments licites soumis à un contrôle international à des fins scientifiques et médicales tout en évitant qu'ils soient détournés de leur but et donnent lieu à des abus. La résolution confirmait une recommandation antérieure de l'Organe international de contrôle des stupéfiants en faveur d'un meilleur accès aux produits stupéfiants et aux substances psychotropes.

Pendant de nombreuses années, l'OMS a préconisé un accès approprié aux opioïdes et en 2011, l'Organisation a publié la deuxième édition de Ensuring balance in national policies on controlled substances contenant des recommandations sur l'évaluation de la disponibilité de médicaments réglementés dans les États Membres.

Pour William Scholten, il faut surtout adopter une attitude équilibrée. «Il s'agit de concilier d'un côté les préoccupations relatives au risque d'un détournement et d'un abus des produits et de l'autre les besoins réels en matière d'atténuation de la douleur. L'accès aux produits nécessaires pour soulager la douleur doit être considéré comme un droit de l'homme fondamental.»

Les risques liés à une large utilisation d'opioïdes puissants à des fins médicales suscitent d'autres préoccupations que l'abus des médicaments à des fins récréatives, notamment le risque pour les patients à qui l'on a prescrit des analgésiques opioïdes forts pour une douleur modérée ou sévère de devenir dépendants, voire de décéder d'une overdose.

(Interview: Gilles Forte, Coordonateur du Département des médicaments essentiels et produits de santé à l’OMS; propos recueillis par Florence Westergard)

Pour en savoir plus sur les soins palliatifs, ecoutez l'intégral de l'interview avec Dr. Gilles Forte de l'OMS Écouter /
Le dernier journal
Le dernier journal
18/09/2014
Loading the player ...