Prévention de génocide : la communauté internationale doit s’impliquer davantage

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Général Romeo Dallaire. Photo : ONU/Evan Schneider

Une manifestation spéciale sur le thème "Comprendre les mécanismes d'alerte rapide aux atrocités de masse vingt ans après le génocide au Rwanda", organisée conjointement par la Mission permanente du Rwanda, le Centre mondial pour la responsabilité de protéger et le Département de l'information de l'ONU, a eu lieu mercredi 15 janvier au Siège des Nations Unies à New York.

Parmi les orateurs, le Général Romeo Dallaire, qui dirigeait la mission d'observation de l'ONU au Rwanda en 1994.

Selon le Général Dallaire, vingt ans après le génocide rwandais la communauté internationale est aujourd'hui « mieux outillée » s'étant dotée de la doctrine de la responsabilité de protéger, les reformes de Lakhdar Brahimi au maintien de la paix, ou encore la Cour pénale internationale. Cependant il existe encore une lacune « casi-monumental » de la capacité des chefs politiques des pays de pouvoir s'élever au-dessus de l'intérêt immédiat de leur nation et reconnaitre leur responsabilité dans l'humanité en tant qu'hommes et femmes d'État.

Au moment d'envoyer le fax informant de la menace d'un génocide et d'un changement de la nature des opérations qu'il menait sur le terrain, le Général a déclaré qu’ avait souhaité recevoir un feu vert plutôt que de voir ses opérations freinées par l'appréhension qu'il mettait trop à risque ses hommes. C’est une interprétation qu'il attribue à l'échec en Somalie quelques mois auparavant.

Aussi le Général Dallaire se dit « encore outré » par les politiques de deux poids deux mesures qui ont été utilisées en 1994 en faveur du conflit en ex-Yougoslavie et à l'encontre du Rwanda. Selon lui, vingt ans plus tard des critères différenciés continue d'orienter les décisions prises par la communauté internationale face aux crises qui affectent le monde, soulignant le contraste du niveau de réponse en Iraq ou en Afghanistan et celle apportée au Darfour.

« Regardez la Syrie, la Centrafrique, le Mali ainsi de suite, ce sont des gestes ponctuels ad-hoc qui essaient de minimiser les catastrophes mais qui sont loin du concept de prévention », a déclaré Romeo Dallaire à l'issue de la réunion.

Pour Romeo Dallaire l'ensemble de la communauté internationale « n'a pas été capturée dans le sens de l'humanisme et disposée à payer un prix en sueur, en larme et peut être même en sang de certains de nos jeunes ».

(Interview : Général Romeo Dallaire, sénateur canadien ; prospos recueillis par Cristina Silveiro)

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30/10/2014
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