Economie mondiale: la croissance mondiale en hausse mais des risques subsistent

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La croissance mondiale devrait s'inscrire en hausse en 2014 après avoir évolué au ralenti en 2013. C'est ce qui ressort de la dernière mise à jour des Perspectives de l'économie mondiale (PEM) du FMI. Selon les prévisions du FMI, la croissance mondiale devrait se situer en moyenne à 3,7 % en 2014, contre 3 % en 2013, puis se hisser à 3,9 % en 2015.

L'activité économique mondiale s'est renforcée au second semestre de 2013, comme le prévoyait l'édition d'octobre 2013 des Perspectives de l'économie mondiale (PEM). Dans les économies avancées, la demande finale a globalement progressé conformément aux prévisions. Dans les pays émergents, le rebond des exportations a été le principal moteur du regain d'activité, tandis que la demande intérieure est généralement restée modérée, sauf en Chine.

La mise à jour prévoit que le regain d'activité s'étendra à 2014, et table sur une progression de la croissance mondiale de 3 % en 2013 à 3,7 % en 2014, puis à 3,9 % en 2015.

Globalement, l'activité s'inscrit en hausse, mais la mise à jour met également en évidence d'importants écarts entre les principales économies et régions.

La croissance économique des États-Unis devrait être de 2,8 % en 2014, contre 1,9 % en 2013. Cette accélération tient en partie au desserrement du frein fiscal consécutif au récent accord budgétaire. Mais cet accord implique aussi que la plupart des réductions automatiques de dépenses seront maintenues pendant l'exercice 2015, au lieu d'être supprimées comme cela était supposé dans l'édition d'octobre 2013 des PEM. La croissance en 2015 ne devrait donc être que légèrement supérieure à celle de 2014.

La zone euro émerge de la récession et s'engage sur la voie de la reprise. La croissance devrait se renforcer et atteindre 1 % en 2014, puis 1,4 % en 2015. L'accélération sera en général plus modeste dans les pays européens aux prises avec des tensions financières à des degrés divers (Grèce, Chypre, Espagne, Italie et Portugal), où la progression des exportations devrait contribuer à alimenter la croissance, tandis que le niveau élevé de la dette, tant publique que privée, et la fragmentation financière freineront la demande intérieure.

Au Japon, la croissance devrait désormais ralentir en 2014-15 après un solide rebond en 2013. Le ralentissement sera plus graduel que prévu car les mesures temporaires de relance budgétaire devraient compenser en partie le freinage provoqué par l'augmentation de la taxe sur la consommation au début 2014.

Globalement, la croissance dans les économies émergentes et en développement devrait se hisser à 5,1 % en 2014, puis à 5,4 % en 2015. En Chine elle a connu un solide rebond au second semestre 2013, principalement en raison d'une accélération de l'investissement. Cette poussée devrait être de nature temporaire, en partie du fait des mesures destinées à modérer la croissance du crédit et à relever le loyer de l'argent. La croissance devrait donc enregistrer un léger repli aux alentours de 7½ % en 2014–15. En Inde, grâce à une saison des moussons favorable et une progression plus forte des exportations, la croissance a rebondi et elle devrait s'affermir davantage en raison d'une intensification des politiques structurelles à l'appui de l'investissement.

Beaucoup d'autres pays émergents et en développement ont commencé à recueillir les fruits de l'augmentation de la demande extérieure dans les économies avancées et en Chine. Cependant, dans bien des cas la demande intérieure est restée plus faible que prévu. Cela tient, à des degrés divers, au durcissement des conditions financières et des politiques suivies depuis le milieu de 2013, ainsi qu'aux incertitudes liées à l'action des pouvoirs publics ou au contexte politique, de même qu'aux goulets d'étranglement, ces derniers pesant particulièrement sur l'investissement. De ce fait, la croissance en 2013 et 2014 a été revue à la baisse par rapport aux prévisions d'octobre 2013, y compris au Brésil et en Russie.

Les révisions à la baisse des chiffres de croissance de 2014 au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, s'expliquent principalement par le fait que, suite aux interruptions de 2013, le rebond de la production pétrolière en Libye devrait se produire à un rythme plus lent.

La mise à jour des PEM signale que la balance des risques n'évolue que très lentement. D'importants risques baissiers pesant sur les perspectives de croissance mondiale continuent de préoccuper.

La mise à jour fait référence aux risques déjà évoqués dans l'édition d'octobre 2013 des PEM, mais souligne également de nouveaux risques issus d'un très faible niveau d'inflation dans les pays avancés, notamment dans la zone euro. L'inflation devrait rester inférieure aux objectifs pendant un certain temps. Si, de ce fait, les anticipations inflationnistes s'orientaient à la baisse, l'inflation réelle pourrait être encore plus faible que prévu. Cela alourdirait la charge réelle de la dette, entraînerait un relèvement des taux d'intérêt réels et, partant, freinerait la croissance. Enfin, la probabilité d'une déflation en cas de chocs préjudiciables à l'activité augmenterait également.

S'agissant des économies émergentes, la mise à jour signale que la volatilité grandissante des marchés financiers et des flux de capitaux continue d'inquiéter, d'autant que la Réserve fédérale a annoncé en décembre 2013 qu'elle commencerait le retrait de sa politique de rachat de titres au début de 2014. Les réactions à l'annonce ont été relativement mitigées dans la plupart des économies. Cela étant, les redéploiements de portefeuilles et les faiblesses intérieures pourraient entraîner des sorties de capitaux et des ajustements de taux de change encore plus importants.

Le fait que la croissance ait gagné en vigueur ne signifie pas pour autant que l'économie mondiale soit tirée d'affaire. La mise à jour des PEM insiste sur le fait que l'accompagnement d'une croissance robuste et la gestion des facteurs de vulnérabilité restent des priorités pour tous les pays. Elle formule les recommandations suivantes :

Les économies avancées — y compris les États-Unis — ne doivent pas réagir aux perspectives d'une embellie de la croissance par un retrait prématuré des politiques monétaires accommodantes. Ces politiques demeurent appropriées car les écarts de production restent importants tandis que l'inflation est faible, et le rééquilibrage budgétaire va suivre son cours. La mise à jour des PEM met en garde contre toute tendance à sous-estimer la nécessité d'une croissance plus vigoureuse; en effet, au sortir de la crise il importe d'intensifier le travail de réparation des bilans.

Dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) devra envisager des mesures additionnelles à cette fin. Pour améliorer le climat de confiance, insuffler une nouvelle vigueur au crédit et couper le lien entre les entités souveraines et les banques, il sera crucial de réparer les bilans dans le cadre de l'initiative d'évaluation des bilans et de recapitaliser les banques en difficulté, et de parachever l'union bancaire en unifiant les dispositifs de supervision et de résolution. Davantage de réformes structurelles s'imposent pour relever l'investissement et améliorer les perspectives.

Les économies émergentes et en développement doivent pour leur part gérer avec prudence les risques d'une inversion des flux de capitaux. Les pays qui présentent des faiblesses internes partiellement liées à des déficits courants paraissent particulièrement vulnérables. Les taux de change devraient pouvoir se déprécier face à une détérioration des conditions de financement extérieur. En Chine, le récent rebond met en évidence que l'investissement reste le principal ressort de la dynamique de la croissance et davantage de progrès s'imposent dans le rééquilibrage de la demande intérieure pour que la consommation prenne le relais de l'investissement.

(Interview : Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI ; propos recueillis par Lika Gueye)

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26/08/2014
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