François Crépeau, Rapporteur spécial de l’ONU sur les migrants : « les migrants ont aussi des droits »

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François Crépeau, Rapporteur spécial de l'ONU sur les droits des migrants (Photo: ONU).

Ce mercredi 18 décembre est la Journée internationale des migrants qui est l’occasion de dissiper les préjugés et de sensibiliser l'opinion aux contributions des migrants dans les domaines socio-économique au profit tant de leur pays d'origine que de leur pays de destination. C'est aussi une occasion pour le Rapporteur spécial de l’ONU sur les migrants, François Crépeau, de rappeler la dégradation de leurs droits, qu’ils soient des migrants en situation régulière ou irrégulière.A cet égard, l'expert indépendant onusien rappelle que « les migrants sont d'abord et avant tout des êtres humains qui ont des droits même s'ils sont le plus souvent représentés soit comme des intrants économiques ; soit comme une menace à la santé publique ; soit comme des voleurs d'emplois ou des fraudeurs ». « On les présente toujours autrement et on se rappelle jamais qu'ils sont avant tout des êtres humains qui ont des droits et une dignité », fait remarquer François Crépeau, dans cet entretien accordé à la Radio des Nations Unies.

Dans ces conditions, le Rapporteur spécial de l’ONU sur les migrants appelle les Etats à réfléchir de façon approfondie à toute une série de pratiques, notamment par rapport à la criminalisation ou la détention systématique des migrants en situation irrégulière. « Ces pratiques devraient être évitées, d'une part, migrer sans la documentation requise ou migrer avec un visa qu'on laisse ensuite expirer n'est pas un crime. Ce n'est pas un crime contre les personnes, les biens ou un crime contre la sécurité de l'état puisque 99,99 % des migrants ne présentent aucun risque sécuritaire. Et les Etats devraient mettre en œuvre toute sorte de systèmes ou mesures alternatives qui existent en partie dans le système pénal pour les détentions préventives».

François Crépeau cite notamment le paiement d'une caution ou un système d'assignation à résidence ou la présentation périodique de ces migrants aux autorités judiciaires. « Il y a d'autres moyens de traiter ces migrants particulièrement à l'égard des enfants car la détention des enfants est une violation de leurs droits de façon systématique dans la mesure où c'est toujours contraire à leurs meilleurs intérêt », a-t-il souligné.

De façon générale, il insiste sur l'appartenance de ces migrants à la société quel que soit leur statut administratif. « Ils n'ont peut-être pas le droit d'être là s'ils sont sans statut ou s'ils vivent dans des conditions de grande précarité, mais ces migrants font partie de la société. Nous sommes tous collectivement responsables d'eux comme nous sommes tous responsables de chacun des membres de cette société ».

La Journée internationale des migrants a été proclamée par l’Assemblée générale de l'ONU le 4 décembre 2000. Elle commémore l’adoption de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille du 18 décembre 1990, relative à la protection des droits de tous les travailleurs migrants et de leur famille. La Convention n'est à ce jour ratifiée que par 47 Etats sur 194.

(Interview : François Crépeau, Rapporteur spécial de l'ONU sur les droits des migrants ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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26/11/2014
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