Piraterie/Golfe d’Aden : Plus de 340 millions de dollars de rançon auraient été versés ces dernières années

Les pirates somaliens du 21ème  siècle ne sont pas source de problèmes dans la région uniquement, la piraterie ayant des répercussions sur l'équilibre international. En effet, les faits de piraterie, s'ils ne sont pas combattus, ne représentent pas seulement une menace à la stabilité politique et à la sécurité internationale, mais constituent également un frein aux perspectives de croissance mondiale. Pourtant, jusqu'à maintenant, peu d'attention a été portée sur la nécessité d'identifier et d'arrêter les flux financiers illicites provenant de la piraterie.

Une étude menée par l'Organisation internationale de Police Criminelle, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC)  et la Banque mondiale, tente d'identifier et de comprendre les flux illicites provenant des activités de piraterie dans la région de la corne de l'Afrique.

Cette étude analyse le montant des rançons collectées; comment et à qui, les recettes provenant des activités de piraterie sont distribuées; et comment ces recettes peuvent ensuite être investies.

L'étude se concentre sur  Djibouti, l'Ethiopie, le Kenya, les Seychelles, et la Somalie.

Malgré l'absence de données certaines et fiables, cette étude apporte une analyse détaillée du sujet tout en identifiant à la fois les zones nécessitant une recherche plus approfondie.

Les rançons ayant été réclamées pour des actes de piraterie commis au large des côtes somaliennes et dans la région de la Corne de l'Afrique s'estime à un montant de 339 à 413 millions de dollars pour la période allant d'avril 2005 à décembre 2012

Les trois principales catégories de bénéficiaires des recettes provenant des activités de piraterie sont les pirates d'échelon inférieur; qui reçoivent généralement une rémunération standard dont les tarifs sont pré-négociés pour des montants allant de 30 000 à 75 000 dollars par attaque de piraterie, ce qui revient à un pourcentage de 0,01 à 0,025 du montant moyen perçu pour chaque rançon. Il y a aussi les  pirates investisseurs,  ceux qui parient dans les modèles financiers prévus pour les attaques de piraterie et sont les principaux bénéficiaires des recettes provenant des actes de piraterie. Ils perçoivent en général un montant allant de 30 à 50% du total du paiement des rançons, montant variant en fonction du modèle financier choisi. Enfin, il y a la communauté locale telle que représentée par les fournisseurs de khat, les cuisiniers etc., qui est payée en fonction des biens et services produits et fournis aux pirates.

A en croire les principales localisations des actifs appartenant aux pirates investisseurs signalées, beaucoup d'investissements des produits provenant des attaques de piraterie sont investis en Somalie même, contrairement à ce que l’on pourrait penser.

Comme il faut s’y attendre, les produits issus de la piraterie sont ensuite généralement déplacés au-delà des frontières par des procédés de contrebande d’argent liquide, de blanchiment de capitaux fondé sur des opérations commerciales, par le biais de virements bancaires, et par une utilisation frauduleuse des services de transfert de valeurs monétaires.

Une analyse des investissements réalisée sur un échantillon de 59 pirates investisseurs révèle que l'investissement des pirates, s'étend sur un éventail de secteurs allant d'activités commerciales légitimes à des activités criminelles. Une partie des recettes provenant de la piraterie est réinvestie dans le financement d'activités criminelles, y compris des activités de piraterie. Une analyse plus approfondie du commerce du khat, suggère que les produits issus de la piraterie se retrouvent également dans le commerce du khat, particulièrement au Kenya, où celui-ci n'est pas contrôlé et est donc plus vulnérable à ce risque. De plus, malgré la perception commune d'un véritable boom du secteur immobilier, dans certaines parties de la région, qui serait alimenté par les recettes de la piraterie, cette étude démontre que ce fait n'est pas avéré. D'autres facteurs responsables du boom du secteur immobilier sont à considérer, parmi lesquels notamment les crédits bancaires destinés au secteur. Par conséquent, les rançons perçues ne peuvent pas influencer de façon déterminante les prix de l'immobilier, comme il est suggéré par certains dans le secteur public et privé. Les données et preuves collectées sur le terrain étant généralement limitées, il est en effet difficile de pouvoir corroborer cette perception.

A la lumière des résultats et analyses de cette étude, des recommandations ont été formulées. Elles prônent notamment un fort engagement de la part des pays en vue de renforcer la coopération régionale et d'assurer un usage effectif des instruments destinés à suivre l'«argent sale». Il faut intensifier les actions contre la contrebande d’argent liquide à travers les frontières, en renforçant les capacités des pays de la corne de l'Afrique à détecter, interdire, saisir et finalement confisquer efficacement les flux illicites provenant de cette contrebande. Ceci est un élément primordial à toute stratégie visant à s'attaquer aux questions des flux financiers illicites reliés à la piraterie et autres faits criminels illicites. De plus, un programme de surveillance des fournisseurs de Services de Transfert de Valeurs Monétaires fondé sur les risques devrait mis en oeuvre, afin d'éviter un changement ultérieur vers l'espèce et diminuer le rôle des fournisseurs de Services de transfert de valeurs monétaires. En outre, il faudrait également intensifier la supervision du commerce du khat, et développer un mécanisme de surveillance des flux financiers alimentant le commerce du khat.

(Extrait sonore :  Stuart Yikona, spécialiste principal dans le secteur financier à la Banque mondiale et co-auteur du rapport ''Sur la trace des pirates : Suivre la trace des flux financiers illicites provenant des faits de piraterie dans la région de la corne de l'Afrique'’; enregistrement réalisé par la Banque mondiale)

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26/12/2014
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