Observatoire des mines antipersonnel : le Yémen invité à enquêter sur l’utilisation des mines

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Un soldat d'un groupe armé non étatique victime d'une mine antipersonnel. © G. Diffidenti/ICBL

L'Observatoire des mines et des armes à sous-munitions invite le Yémen à enquêter sur l'utilisation de mines antipersonnel. Sanaa est accusé d’avoir utilisé ces engins explosifs alors qu’il est signataire de la convention internationale interdisant les mines. « L'utilisation de mines antipersonnel par le Yémen, un petit nombre d'États et des groupes armés doit être réglée de toute urgence », avertit l'Observatoire qui note néanmoins une baisse spectaculaire du nombre de victimes de mines et des vies sauvées.

L'Observatoire des mines et des armes à sous-munitions présentait, jeudi 28 novembre à Genève, son rapport annuel, en vue de la Réunion des États parties au Traité d’interdiction des mines qui se déroulera du 2 au 5 décembre à l'Office des Nations Unies à Genève.

L’utilisation de mines au Yémen est la première utilisation confirmée de mines par un État membre du traité. Selon les experts d’ICBL, des milliers de mines antipersonnel ont été déployées au Yémen, manifestement par les forces gouvernementales, sur deux sites: à Bani Jarmooz et dans l’enceinte du ministère du Commerce et de l’Industrie situé dans la capitale, Sanaa. Ces faits, dont l’ONG a pris connaissance en avril 2013, remontent à fin 2011/début 2012, et ont été reconnus à l’automne 2013 par les autorités yéménites qui se sont engagées à enquêter, a indiqué Kasia Derlicka-Rosenbauer, directrice de l’ONG Campagne internationale pour interdire les mines (ICBL).

L'Observatoire rappelle qu'en vertu du Traité, les États parties ont pour interdiction d'utiliser, de produire, de stocker, ou de transférer des mines antipersonnel. L'utilisation de mines à Bani Jarmooz au Yémen a causé au moins 15 victimes civiles. Au total, il y a eu 263 victimes de mines ou de restes explosifs de guerre recensées dans le pays en 2012, par rapport à seulement 19 en 2011. « Nous avons des doutes quant au fait que des pas concrets ont été pris pour enquêter », a-t-elle toutefois relevé. Les experts demandent que l’enquête détermine et juge les responsables, et trouve l’origine des mines, mais ils demandent aussi que les zones minées soient nettoyées.

Par ailleurs, des records ont été établis en 2012: le nombre de nouvelles victimes a chuté à 10 par jour (contre environ 25 par jour en 1999), la superficie des terres contaminées dépolluées s’est agrandie et le financement international pour l’action contre les mines a augmenté.

Malgré tout, des défis persistent, comme les allégations d’utilisation de mines au Soudan, au Soudan du Sud et en Turquie. En outre, les forces gouvernementales dans deux États non partie au Traité, la Syrie et la Birmanie, ont utilisé des mines en 2012 et en 2013.

Le rapport note aussi que des groupes armés non étatiques en Afghanistan, en Colombie, en Birmanie, au Pakistan, en Syrie, en Thaïlande, en Tunisie et au Yémen ont utilisé des mines antipersonnel en 2013. Et les forces militaires dans la région séparatiste du Nagorny Karabakh (une région à majorité arménienne enclavée en Azerbaïdjan) ont également utilisé des mines antipersonnel en 2013.

(Interview : Sylvie Brigot, Directrice générale de la Campagne internationale pour interdire les mines ; propos recueillis par Alpha Diallo)

Classé sous Dossiers, L'info.
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01/08/2014
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