Afghanistan : hausse sans précédent de la culture et de la production d'opium

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Un pavot à opium en Afghanistan. Photo : UNODC/Zalmai

La culture de pavot en Afghanistan a augmenté de 36% en 2013 et la production d’opium de 49%, selon l’enquête sur la culture d’opium en Afghanistan publiée mercredi à Kaboul par le ministère contre les stupéfiants et l’ONUDC, l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime.

Qualifiant la nouvelle de « consternante », Yury Fedotov, Directeur exécutif de l’ONUDC a souligné que cette situation constitue une menace pour la santé, la stabilité et le développement en Afghanistan. « Une réponse intégrée et globale au problème de la drogue est nécessaire. Les efforts de lutte contre les stupéfiants doivent être partie intégrante de l’ordre du jour sur la sécurité, le développement et le renforcement des institutions », a-t-il fait valoir.

La superficie cultivée a atteint 209 000 ha contre 154 000 pour l’année précédente, soit plus que le pic de 193 000 hectares en 2007. Par ailleurs, deux provinces, Balkh et Faryab ont perdu leur statut de région ne cultivant pas de pavot. Ces dernières sont au nombre de 15 contre 17 pour l’année précédente.

Bien qu’inférieurs à 2012, les prix de l’opium ont continué à rapporter aux exploitants environ 145 dollars par kilo, niveau beaucoup plus élevé que celui atteint aux cours des années à haut rendement de la période 2006-2008. Les agriculteurs ont peut-être entrainé une hausse de la culture en cherchant à consolider leurs revenus pour se prémunir contre un avenir incertain résultant du retrait des troupes internationales l’année prochaine. Atteignant un montant de plus de 950 millions de dollars, soit 4% du PIB en 2013, la valeur de la production d’opium à la sortie de l’exploitation a augmenté d’un tiers. Avec les bénéfices réalisés par les trafiquants de drogue, la valeur totale de l’économie de l’opium en Afghanistan était sensiblement plus élevée impliquant un accroissement de l’économie illicite contre un ralentissement de l’économie légale prévu pour 2014.

« Alors que nous nous rapprochons de 2014 et du retrait des forces internationales du pays, les résultats de l’enquête sur l’opium en Afghanistan doivent être pris pour ce qu’il sont – un avertissement et un signal d’alarme pour agir » a déclaré le chef de l’ONUDC.

Le lien entre l’insécurité et la culture d’opium observé dans le pays depuis 2007 était encore évident en 2013.

Près de 90% de la culture du pavot en 2013 sont restés confinés dans neuf provinces des régions du Sud et de l’Ouest comprenant la plupart des provinces en proie à des insurrections dans le pays. Helmand, la principale province productrice de pavot depuis 2004 et responsable de près de la moitié de la culture totale a vu sa superficie cultivée augmenter de 34%, suivie de Kandahar ayant enregistré une hausse de 16%.

Dans l’ensemble du pays, l’éradication menée par le Gouverneur a diminué de 24% pour atteindre 7 300 hectares. Badakhashan, seule province du Nord-est impliquée dans la culture de pavot a connu une augmentation de 25% malgré l’éradication de prés de 2 800 ha. Pendant les campagnes d’éradication de 2013, le nombre de victimes a augmenté de façon significative, avec 143 personnes tuées cette année contre 102 décès en 2012.

Selon Yury Fedotov, « si le problème de la drogue n’est pas pris au sérieux par l’aide, les acteurs du développement et de la sécurité, le virus de l’opium réduira encore la résistance de son hôte qui souffre déjà d’un système immunitaire dangereusement fragile du fait de la fragmentation, de conflit, du clientélisme, de la corruption et de l’impunité ».

(Mise en perspective : Cristina Silveiro)

Classé sous L'info, Santé.
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18/12/2014
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