Prix Nansen pour les réfugiés : soeur Angélique, l’espoir des survivantes de la LRA en RD Congo

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Soeur Angélique Namaika étreint Rose, l’une des jeunes filles qu’elle a aidée. La religieuse congolaise est convaincue de l'importance de l'éducation des déplacés et des réfugiés. (photo : HCR/B.Sokol).

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a annoncé ce mardi que la distinction Nansen pour les réfugiés est décernée à soeur Angélique Namaika, qui travaille dans la région isolée du nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) auprès de femmes victimes de sévices infligés par des rebelles. Avec son prix, elle a espoir que ses projets avanceront plus vite: « J’étais le porte-parole de ces femmes et de ces enfants vulnérables. C’est pour ça que ce don je vais le consacrer pour les activités des femmes: sans elles, je n’aurais jamais reçu ce prix », fait remarquer la religieuse congolaise.

Décerné par le HCR, son prix est doté de 100.000 dollars.

Soeur Angélique, avec son Centre pour la réintégration et le développement, a transformé la vie de plus de 2.000 femmes et jeunes filles qui avaient été chassées de chez elles et brutalisées, principalement par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), une organisation au départ basée en Ouganda.

Beaucoup des femmes qu’elle a secourues témoignent d’enlèvements, de travail forcé, de coups, de meurtres, de viols, souligne le HCR.

L'approche personnalisée mise en œuvre par la religieuse  de 46 ans aide les survivantes à guérir de leurs traumatismes et des atteintes qu'elles ont subies. En plus des violences dont elles ont souffert, ces femmes et jeunes filles vulnérables sont souvent ostracisées par leur propre famille et leur communauté en raison des épreuves qu'elles ont traversées.

Il faut des soins particuliers pour leur permettre de guérir et de recoller les morceaux de leur vie brisée. Sœur Angélique y parvient en leur donnant la possibilité d'apprendre un métier, de créer une petite entreprise ou de retourner à l'école. Les témoignages de ces femmes montrent les résultats remarquables de son travail pour les aider à prendre un nouveau départ. Beaucoup d'entre elles l'appellent d'ailleurs affectueusement « mère ».

On estime que depuis 2008, dans la province Orientale de la RDC, 320.000 personnes ont été forcées de fuir, parfois à plusieurs reprises, selon un rapport, préparé par le HCR et l’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC).

Soeur Angélique a elle-même été déracinée par les violences en 2009, quand elle vivait dans la ville de Dungu.

« Sœur Angélique travaille sans relâche pour aider des femmes et des jeunes filles rendues extrêmement vulnérables par le traumatisme, la pauvreté et le déracinement. Les obstacles sont de taille et son œuvre n'en est que plus remarquable ; sœur Angélique ne laisse rien se mettre en travers de son chemin », a déclaré António Guterres, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, à propos de la lauréate.

Là où l'électricité, l'eau courante et les routes asphaltées sont rares, le travail de la religieuse est stupéfiant. Même si elle manque d'outils adaptés et si ses ressources sont presque inexistantes, sœur Angélique ne se laisse pas décourager. Elle s'est donné pour mission d'alléger les souffrances de ces femmes et de ces jeunes filles déracinées, et de leur donner un nouvel espoir pour l'avenir.  « La vie de ces femmes a été brisée par la violence aveugle et le déracinement. Sœur Angélique montre qu'une personne peut à elle seule changer la vie des familles déchirées par la guerre. C'est une véritable héroïne », a ajouté António Guterres.

« Il est difficile d’imaginer les souffrances de ces femmes et de ces adolescentes aux mains de la LRA », a réagi la religieuse en apprenant qu’elle allait recevoir ce prix, qui « signifie que davantage de personnes déplacées à Dungu pourront recevoir l’aide dont elles ont besoin. Je ne cesserai jamais de faire tout ce que je peux pour leur redonner espoir et leur offrir la chance de revivre ».

Soeur Angélique recevra la distinction Nansen pour les réfugiés au cours d’une cérémonie à Genève le 30 septembre.

Soeur Angélique se rendra ensuite à Rome, où elle sera reçue par le pape François le 2 octobre, avant de participer à d’autres réunions à Paris, Bruxelles et Oslo.

(Interview : soeur Angélique Namaika, lauréate 2013 du prix Nansen pour les réfugiés ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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18/04/2014
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