Missions politiques spéciales : Ban Ki-moon appelle au soutien d'un instrument jugé efficace

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Opération de désarmement au Burundi

Les missions politiques de l'ONU déployées dans des environnements instables à travers le monde ont prouvé leur capacité à atténuer les tensions, permettant à des pays de sortir de situations de conflits et de consolider la paix durable, affirme le Secrétaire général Ban Ki-moon dans un nouveau rapport rendu public mercredi, qui retrace l’histoire et l'évolution de ces missions et appelle à un soutien solide des États membres pour garantir l'efficacité de ces missions.

Les missions politiques spéciales sont devenues un outil indispensable au maintien de la paix et de la sécurité internationale. Elles sont également la manifestation la plus visible des bons offices du Secrétaire général, écrit M. Ban dans son premier rapport thématique à l’Assemblée générale sur la question.

Les missions politiques spéciales sont devenues un outil indispensable au maintien de la paix et de la sécurité internationale

L’ONU compte actuellement 37 missions politiques spéciales, qui regroupent les missions des envoyés spéciaux de haut niveau du Secrétaire général, des équipes de surveillance des sanctions et des groupes d'experts, et des bureaux régionaux mis en place en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie centrale.

En décrivant l'évolution du rôle des missions politiques des Nations Unies sur plusieurs décennies, le rapport rappelle qu'elles ont accompagné les États Membres « en période de grands changements historiques » : elles ont apporté leur appui dans le processus de décolonisation et d'accès à l'indépendance en Afrique et en Asie; aidé à mettre fin aux guerres civiles et à instaurer la paix en Amérique centrale dans les années 90; aidé à mettre en place l'Accord de Bonn sur l'Afghanistan en 2001 ; facilité la transition du Népal vers la paix et la démocratie; aidé les Libyens à organiser leurs premières élections en 50 ans; et ouvert à la Somalie les perspectives les plus prometteuses qu'elle ait connues depuis une génération.

Plus récemment, la Mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL), établie en 2011, a aidé ce pays à organiser ses premières élections libres en près d'un demi-siècle. La plus récente de toutes les missions basées sur le terrain, la MANUSOM, déployée en Somalie en 2013, aide ce pays à consolider les progrès politiques et sécuritaires, lui ouvrant ainsi « les perspectives les plus prometteuses qu'elle ait connues depuis une génération », souligne le rapport.

Au Yémen, où l'ONU a facilité les pourparlers directs qui ont abouti à la signature en 2011 d'un plan de transition biennal, le Conseiller spécial du Secrétaire général, Vijay Nambiar, prête maintenant une assistance directe aux parties yéménites concernées pour faciliter un dialogue national auquel participent de nombreuses parties, y compris des groupes de femmes.

 

Quant à Mary Robinson, l'Envoyée spéciale pour la région des Grands Lacs, qui a été récemment nommée, et est ainsi devenue la première femme médiatrice en chef de l'ONU, elle joue un rôle « crucial » en appuyant la mise en œuvre de l'Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région, signé en février 2013 par 11 États de la région.

Dans les environnements difficiles, le succès des missions dépend souvent de l’engagement des parties en faveur d'un processus de paix et de l’existence d’un espace politique au sein duquel règne un minimum de sécurité.

En Syrie par exemple, l'absence de consensus aux niveau international, régional et national a fait obstacle jusqu'à présent à la négociation d'une solution politique, malgré les efforts du Représentant spécial conjoint de l'Organisation des Nations Unies et de la Ligue des États arabes pour la Syrie.

Selon le Secrétaire général, une étroite collaboration avec leurs homologues nationaux pour promouvoir l’appropriation nationale est essentielle à l’efficacité des missions politiques spéciales, dont 33 ont reçu leur mandat du Conseil de sécurité et quatre de l'Assemblée générale.

Ainsi, en Libye, la MANUL a été établie à la demande des autorités libyennes pour une période initiale de trois mois, puis son rôle a été réexaminé par les autorités de transition, en consultation avec la société civile et les Nations Unies pour ajuster le mandat aux besoins spécifiques du pays.

Parallèlement, les missions présentes au Burundi, en République centrafricaine, en Guinée-Bissau et en Sierra Leone s'inscrivent dans le cadre d'un partenariat institutionnel avec la Commission de consolidation de la paix afin de mobiliser l'appui, notamment financier, de la communauté internationale pour mettre en œuvre leurs programmes.

Entre autres clés de l’efficacité des missions politiques spéciales, le rapport souligne également le rôle essentiel des partenariats avec les organisations régionales et sous-régionales.

« Les organisations régionales ont une légitimité et une influence leur permettant de jouer un rôle décisif dans la prévention des conflits et le soutien aux transitions politiques », note M. Ban, citant notamment l'Union africaine. Le renforcement de ces partenariats est une priorité pour l’ONU, écrit-il, et une préoccupation majeure de ses représentants spéciaux sur le terrain.

En tout, aujourd'hui, il existe 15 missions déployées dans le monde, soit une augmentation significative depuis 1993, où l'on n'en comptait que trois.

Les mandats de ces missions ont également été élargis, les opérations multidimensionnelles combinant, entre autres, fonctions politiques et activités à l'appui des droits de l'homme, la primauté du droit et des violences sexuelles dans les conflits. Selon le rapport, les mandats de chaque mission sont passés d'une moyenne de deux domaines thématiques en 1995 à près de six en 2013.

En Iraq, par exemple, la MANUI travaille sur des questions aussi diverses que la réinstallation permanente des résidents du camp d’Ashraf, la fourniture d’une assistance technique pour l’organisation des élections provinciales et locales de 2013, la mobilisation de l’aide humanitaire pour les réfugiés syriens et la création de la Commission iraquienne des droits de l’ homme, tout en usant de ses bons offices pour soutenir les relations iraquo-koweïtiennes.

Depuis l’adoption de la résolution 1325 du Conseil de sécurité en 2000 sur les femmes, la paix et la sécurité, un nombre croissant de missions politiques spéciales se sont impliquées dans les efforts visant à promouvoir la participation des femmes à la résolution des conflits et dans les processus de paix, et à intégrer le principe d’égalité des sexes aux activités de consolidation de la paix.

Afin de faire face à la complexité croissante des mandats, les missions politiques spéciales requièrent des personnels de plus en plus spécialisés, parallèlement aux effectifs militaires et de police, note également le rapport.

Les missions politiques, note le rapport, sont déployées comme des présences temporaires, et assorties de stratégies de sortie. Une mission politique dotée d'un bureau de pays ou d'un bureau régional a une « durée de vie » moyenne d’un peu moins de six ans, évalue le rapport.

« Compte-tenu de l’ampleur et de la complexité de ces missions spéciales, un soutien renouvelé des États membres reste d'une importance capitale », conclut M. Ban, en exprimant son engagement en faveur d’un dialogue continu sur le travail des missions politiques.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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26/12/2014
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