CNUCED : persistance des effets de la crise et l'expansion du commerce au point mort

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Cinq ans après le début de la crise financière mondiale, l'économie mondiale est toujours en plein désarroi. Selon les auteurs du rapport 2013 de la CNUCED sur le commerce et le développement, la croissance de la production mondiale, qui avait déjà ralenti de 4,1 % en 2010 à 2,2 % en 2012, ne devrait pas se redresser en 2013, mais pourrait encore ralentir , à 2,1 %. En outre, l'expansion du commerce mondial est quasiment au point mort, son volume ayant progressé de moins de 2 % en 2012 et dans les premiers mois de 2013.

Passant en revue les tendances de l'économie mondiale, la CNUCED note que l'adaptation aux changements structurels de l'économie mondiale nécessite de profonds changements d'orientation. Ainsi les pays développés doivent agir plus résolument pour remédier aux causes fondamentales de la crise, en particulier l'augmentation des inégalités de revenu, le rôle économique déclinant de l'État, le rôle prédominant d'un secteur financier faiblement réglementé et un système international enclin aux déséquilibres. Les pays en développement et les pays en transition dont la croissance repose à l'excès sur les exportations doivent revoir leurs stratégies de développement et s'appuyer davantage sur la demande intérieure et régionale.

Le document note que l'expansion du commerce mondial est quasiment au point mort, son volume ayant progressé de moins de 2 % en 2012 et dans les premiers mois de 2013. La mollesse de l'activité économique dans les pays développés est la première cause du ralentissement du commerce international, mais le commerce a aussi considérablement ralenti dans les pays en développement et les pays en transition.

Les importations et les exportations des pays développés restent inférieures en volume à leur niveau d'avant la crise, à l'exception des États-Unis, où les exportations ont dépassé leur dernier pic d'août 2008. Le groupe des pays émergents a enregistré un net ralentissement de la croissance commerciale, dont les données disponibles pour le premier semestre 2013 indiquent qu'il devrait persister.

L'activité économique de la plupart des pays développés ressent toujours des effets de la crise financière et économique commencée en 2008, notamment une création d'emplois insuffisante, une compression des salaires et le processus toujours inachevé d'assainissement des bilans. À cet égard, la CNUCED rappelle que la progression du produit intérieur brut (PIB) des pays développés restera inférieure à la moyenne mondiale, avec seulement 1 % d'augmentation, sous l'effet conjugué d'un taux de croissance stable au Japon, d'un léger ralentissement aux États-Unis et d'une nouvelle contraction dans la zone euro.

Dans ce contexte, la rigueur budgétaire qui tend à être la solution privilégiée dans l'Union européenne, compromet les chances d'un retour rapide à une trajectoire de croissance plus forte.

Aux États-Unis, la demande intérieure privée commence à se redresser, grâce en partie aux progrès réalisés pour assainir le secteur bancaire, mais la réduction des dépenses publiques a un effet restrictif. Le Japon a pris le contrepied des politiques d'austérité en jouant la carte de la relance budgétaire et de l'expansion monétaire pour ranimer la croissance économique et contrecarrer les tendances déflationnistes.

Par ailleurs, le rapport prévoit que les pays en développement et les pays en transition obtiendront des taux de croissance analogues à ceux de 2012, légèrement supérieurs à 4,5 % et à 2,5 %, respectivement, et resteront donc les principaux moteurs de la croissance économique, contribuant pour environ deux tiers à l'accroissement de la production mondiale en 2013. Dans beaucoup de ces pays, la croissance est tirée désormais davantage par la demande intérieure que par les exportations, vu la faiblesse persistante de la demande intérieure dans les pays développés.

Pourtant, les pays en développement, en raison d'une croissance économique plus rapide que celle des pays développés, ont vu leur poids relatif dans l'économie mondiale augmenter sensiblement, leur part de la production mondiale passant de 22 % en 2000 à 36 % en 2012, tandis que leur part des exportations augmentait de 32 % à 45 % au cours de la même période. Cette progression a résulté en grande partie du développement du commerce Sud-Sud. Toutefois, il apparaît dans ce document que le commerce Sud-Sud n'est pas devenu un moteur de croissance autonome pour les pays en développement. Le renforcement de la coopération régionale et du commerce Sud-Sud pourrait dès lors constituer un aspect important des stratégies de développement de ces pays, conclut le rapport de la CNUCED.

(Interview : Alfredo Calcagno, Directeur de la Division de la mondialisation et des stratégies de développement à la CNUCED ; propos recueillis par Alpha Diallo)

Vous pouvez en savoir plus sur le dernier rapport de la CNUCED, écoutez ici l'interview intégrale de Alfredo Calcagno, Directeur de la Division de la mondialisation et des stratégies de développement à la CNUCED Écouter /
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24/07/2014
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