Cameroun : Les ravages du cancer, un tueur silencieux

Écouter /

Il fait aujourd'hui plus de victimes dans le monde que le sida, le paludisme et la tuberculose réunis. Et maintenant, il est l’une des principales causes de décès en Afrique : le cancer, un tueur silencieux qui se propage dans tout le continent ces vingt dernières années.

D'après les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), un million de nouveaux cas devrait s'ajouter chaque année au cours de la prochaine décennie. Et si rien n'est fait, l'Afrique connaîtra le plus grand nombre de cancers au monde, dès 2030.

Le Cameroun par exemple, est déjà durement touché. Les cas les plus courants de cancer sont ceux du sein, du col de l'utérus et de la prostate. Quelque 26 000 patients sont connus, mais ils sont des milliers d'autres qui vont tout simplement mourir sans avoir jamais vu un médecin, sans avoir jamais su qu'ils étaient atteints de cette maladie.

L'OMS a identifié le mal et ses causes : l'accroissement du niveau de vie, et donc de l'espérance de vie ; une pollution de plus en plus importante dans les zones urbaines où la population émigre et adopte des conduites à risque : une nourriture plus grasse, moins d'exercice, le tabagisme. A cela, il faut ajouter l'ignorance. Beaucoup d’Africains ne connaissent pas cette maladie. Certains dialectes n'ont même pas de mot pour la nommer.

Au Cameroun par exemple, beaucoup s'en remettent aux traditions. Cette maladie mystérieuse est une malédiction, un châtiment spirituel. Ils pensent qu'il y a quelque chose de mystique derrière, ils vont voir les guérisseurs parce qu’ils pensent que ces médecins traditionnels feront mieux que d'aller à l’hôpital. Et lorsque les patients réalisent finalement qu'ils sont atteints d'un cancer, il est souvent trop tard.

Dans un pays qui compte 20 millions d'habitants, l’hôpital de Douala est l'un des deux seuls centres médicaux à offrir des traitements du cancer. Il n'y a ici qu'une machine de radiothérapie en état de marche. Elle date d'il y a plus de 50 ans. Et le docteur Mueller, spécialiste du cancer, est l'un des quatre seuls oncologues que compte le pays. Et il n'ya ici aucune infirmière spécialisée.

Le pire de tout, c'est que même lorsqu'un traitement est disponible, très peu de personnes peuvent le payer. Ici, en Afrique, et en Afrique centrale en particulier, le patient doit payer les factures médicales, ou bien sa famille aura à supporter les charges. Très peu de patients ont une assurance médicale.

C'est pourquoi, en Afrique, le taux de survie est 50% inférieur à celui des régions développées, alors que beaucoup des cancers peuvent être évités ou traités s'ils sont détectés assez tôt.

Le Cameroun est l'un des seuls aujourd'hui à développer un plan national de lutte contre le cancer. Ce plan, lancé en 2003, a établi des priorités, notamment la formation de professionnels de soins spécialisés, et l'acquisition d'équipements et de médicaments adaptés. Mais les progrès sont lents, car les moyens manquent.

(Reportage produit par Patricia Chan, UN IN action – 21ème Siècle, avec des extraits sonores de l'interview du Docteur Muller, oncologue à l'hôpital de Douala; Janet Nkenze, infirmière à l’hôpital de Douala; Bogla Stella, patiente atteinte du cancer et son Mari Mikal Bogla; et Menga Nganku, volontaire engagée dans la lutte contre le cancer du programme communautaire SPLASH )

Le dernier journal
Le dernier journal
29/08/2014
Loading the player ...