Syrie : Navi Pillay demande une enquête sur les exécutions de prisonniers par des groupes anti-gouvernementaux

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Navi Pillay

La Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a déclaré vendredi que les allégations selon lesquelles les groupes armés d’opposition en Syrie ont exécuté des dizaines de soldats gouvernementaux capturés après des combats à Khan Al-Assal, en juillet sont “profondément choquantes”. Navi Pillay a une nouvelle fois souligné la nécessité de s'assurer que les personnes responsables de violations du droit international humanitaire et du droit international des droits humains, de quelque côté qu'ils soient, rendront compte de leurs crimes.

Les images prises par les forces de l’opposition à Khan Al-Assal, un quartier dans les zones rurales autour d’Alep, ont été publiées sur internet entre le 22 et 26 juillet. Une vidéo montre des soldats gouvernementaux contraints de s'allonger sur le sol, tandis que l’autre montre plusieurs corps le long d’un mur et à un site adjacent.

«Ces images, si elles sont vérifiées, suggèrent que les exécutions ont été commises dans Khan Al-Assal,” déclare la Haut Commissaire. “Il doit y avoir une enquête indépendante approfondie afin d’établir si des crimes de guerre ont été commis. Et les responsables de ces crimes doivent être traduits en justice”, a-t-elle ajouté.

La Haut Commissaire a déclaré que son équipe dans la région enquêtait sur les rapports et a examiné les vidéos et les témoignages recueillis de personnes à Alep. Leur analyse préliminaire a permis d'identifier deux hommes ne portant pas d'uniforme qui étaient vivants dans une vidéo, mais qui sont identifiés comme faisant partie des cadavres dans un autre, dit-elle.

Une autre vidéo montre des corps étant récupérés par des membres du Croissant-Rouge syrien et des médecins de l’Armée syrienne libre. Il y avait plusieurs autres vidéos montrant les corps des soldats gouvernementaux morts éparpillés autour de la ville, dont la plupart semblaient avoir reçu une balle dans la tête.

“Sur la base de l’analyse faite par mon équipe à ce jour, nous pensons que les groupes d’opposition armés lors d'un incident – documenté par une vidéo – ont exécuté au moins trente personnes, dont la majorité semblait être des soldats”, a déclaré Navi Pillay. Il a été rapporté que le nombre total de morts à Khan al-Assal était beaucoup plus élevé et l’équipe du Haut Commissariat dans la région continue d’enquêter sur les circonstances et la portée de ces meurtres.

Les événements de Khan Al-Assal sont une preuve supplémentaire que les violations flagrantes du droit international humanitaire et relatif aux droits humains sont commises par toutes les parties ont tragiquement et sont devenues la norme dans le conflit syrien, a déclaré la Haut Commissaire.

 

La Commission d’enquête sur la Syrie a déjà mis en évidence les tendances émergentes d’exécutions sommaires et d'assassinats, perpétrées par les forces gouvernementales et ses milices affiliées, ainsi que des groupes armés anti-gouvernementaux.

L’équipe du Haut Commissariat a également reçu des informations d’une source fiable selon lesquelles les combattants de l’opposition détiennent encore les fonctionnaires et les soldats capturés à Khan Al-Assal. Le Haut Commissaire rappelle aux parties au conflit que toutes les personnes qui ne participent plus aux hostilités, y compris les soldats capturés et blessés, doivent, en toutes circonstances, être traitées avec humanité et conformément au droit international.

“Les forces d’opposition ne doivent pas penser qu’elles sont à l'abri des poursuites. Elles doivent se conformer à leurs obligations en vertu du droit international », a déclaré Navi Pillay.

Par ailleurs, la Haut Commissaire s’est félicitée des informations selon lesquelles les enquêteurs de l’ONU ont été autorisés à visiter trois sites, dont celui de Khan Al-Assal, où des armes chimiques auraient été utilisées.

Navi Pillay conclut en renouvelant son appel au gouvernement syrien pour qu'il autorise aux représentants du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme et aux membres de la Commission d’enquête l’accès au pays, afin d’être en mesure d’enquêter sur les violations des droits de l’homme, “peu importe qui les a commises”, a déclaré Navi Pillay.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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20/10/2017
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