Centrafrique : poursuite des déplacements forcés dans un contexte d'anarchie généralisée

Écouter /

Des réfugiés au camp de Worobé au nord de Zongo, en RDCongo, en face de Bangui, sur l’autre rive du fleuve Oubangui (©HCR/F.Lejeune-Kaba).

En raison d'une situation sécuritaire très critique, les Centrafricains continuent de fuir à l'intérieur de leur pays mais aussi dans les pays voisins. Selon le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), des incidents ont ainsi causé la fuite de plus de 4.000 personnes au nord de la zone Moissala et Mandoul au Tchad depuis la mi-juillet. « C'est une situation très difficile et les gens ne sentent pas en sécurité en République Centrafricaine (RCA) en raison des agissements des membres de la Séléka », fait remarquer le porte-parole du HCR, Fatoumata Lejeune-Kaba.

Les organismes humanitaires rappellent que les civils continuent de vivre dans une crainte générale en raison des mouvements d’éléments armés sur la route. Dans son dernier humanitaire du 9 août 2013, le le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU souligne que de nombreux incidents de protection tels que la violence sexiste, y compris le viol et tentative de viol, extorsion et l’installation de barrières illégales continuent d’être enregistrés.

Depuis décembre dernier, plus de 206.000 personnes se sont déplacées à l'intérieur du pays et plus de 62.000 réfugiés vers les pays voisins, dont 40.500 en République démocratique du Congo, 13.000 au Tchad, 4.800 en République du Congo et 4.300 au Cameroun.

La dernière vague de réfugiés a été enregistrée après de violentes attaques perpétrées par des groupes armés qui seraient affiliés à la Seleka, dans les villages frontaliers de Namlé, Maisso, Maibo, Danamadja, Boumou, Yelko 1, Yelko 2, Benguessé et Maibogoin depuis la mi-juillet. Le HCR et ses partenaires ont mené une mission conjointe à Moissala entre le 30 juillet et le 1er aout. Les conclusions de la mission confirment la présence de 4.125 réfugiés (dont des femmes, enfants, personnes vulnérables ainsi que des personnes handicapées).

Selon Fatoumata Lejeune-Kaba, ces « mouvements de population témoignent de la dégradation des conditions sécuritaires quatre mois après le changement de régime à Bangui et la prise de pouvoir par la coalition rebelle Séléka ». « Beaucoup d'efforts restent à faire par les nouvelles autorités pour assurer la sécurité des personnes et des biens. Sinon les mouvements de populations vont continuer », avertit le porte-parole du HCR.

Sur place, ces réfugiés et certains déplacés ont besoin de nourriture, d’abris, d’eau et assainissement. La majorité des réfugiés vivent dans des conditions insalubres dans des structures scolaires délabrées, des églises, des familles d’accueil ou dans des abris de fortune. Les puits existants se sont taris et il n’y a pas accès à l’eau potable dans les villages visités. Avec la saison des pluies, des épidémies de maladie sont à craindre si l’assistance n’est pas fournie à temps.

Pour ses opérations en République Centrafricaine, le HCR n'a reçu que 8 millions, soit moins de 30%, sur les 28,8 millions de dollars américain de son appel de fonds 2013 pour ce pays.

(Interview : Fatoumata Lejeune-Kaba, porte-parole du HCR à Genève ; propos recueillis par Alpha Diallo)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
17/10/2017
Loading the player ...