Mutilations génitales féminines : des millions de filles encore à risque, selon un rapport de l'UNICEF

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La majorité de la population des pays où se concentrent les mutilations génitales féminines ou l'excision (MGF/E) s'oppose à ces pratiques néfastes, affirme un nouveau rapport de l'UNICEF publié lundi 22 juillet à Washington D.C. En dépit de cette opposition, plus de 125 millions de femmes et de filles en vie aujourd'hui ont subi des MGF/E et 30 millions de filles risquent encore l'excision au cours de la prochaine décennie.

Le rapport, Mutilations génitales féminines/excision : aperçu statistique et étude de la dynamique des changements, présente la compilation la plus complète à ce jour de données et d'analyses sur le sujet.

Des enquêtes menées dans les 29 pays d'Afrique et du Moyen-Orient où les MGF/E perdurent montrent que les filles risquent moins l'excision qu'il y a 30 ans et que l'adhésion à cette pratique décline, même dans les pays où elle reste quasi universelle, comme l'Égypte et le Soudan.

Pourtant, bien que le soutien aux MGF/E fléchisse, des millions de filles courent encore un danger considérable. Le rapport montre l'écart qui existe entre l'opinion personnelle des gens à propos des MGF/E et un sentiment d'obligation sociale solidement enraciné qui explique pourquoi cette pratique perdure, d'autant plus qu'il reste difficile d'aborder ouvertement cette question intime et sensible.

« Les MGF/E constituent une violation du droit des filles à la santé, au bien-être et à l'autodétermination, a dit Mme Geeta Rao Gupta, Directrice générale adjointe de l'UNICEF. Ce qui ressort du rapport, c'est qu'il ne suffit pas de légiférer. Ce qu'il faut à présent, c'est laisser les femmes et les filles, les hommes et les garçons, s'exprimer avec force et clarté pour annoncer qu'ils souhaitent l'abandon de cette pratique néfaste. »

Le rapport de l'UNICEF conclut, d'après les enquêtes menées, que non seulement la majorité des femmes et des filles est contre cette pratique, mais qu'un nombre important d'hommes et de garçons y est opposé. Dans trois pays (la Guinée, la Sierra Leone et le Tchad), les hommes sont plus nombreux que les femmes à vouloir y mettre fin.

En termes de tendances, le rapport note que dans plus de la moitié des 29 pays où les MGF/E sont concentrées, les filles d'aujourd'hui risquent moins d'être excisées que leur mère. Celles de 15 à 19 ans sont trois fois moins susceptibles d'avoir subi des MGF/E que les femmes de 45 à 49 ans au Kenya et en République-Unie de Tanzanie. La prévalence a baissé de près de moitié chez les adolescentes du Bénin, d'Iraq, du Libéria, du Nigéria et de la République centrafricaine.

Si les MGF/ E ont été pratiquement abandonnées par certains groupe et dans certains pays, elles restent courantes dans beaucoup d'autres, en dépit des risques sanitaires qu'elles font courir aux filles, et cela même là où la loi les interdit et où les gouvernements et les ONG tentent de convaincre les communautés d'y mettre fin.

En Somalie, en Guinée, à Djibouti et en Égypte, les MGF/E restent quasi universelles : près de neuf femmes et filles sur dix ont été excisées dans le groupe des 15 à 49 ans. Et on ne discerne aucune baisse dans des pays comme la Gambie, le Mali, le Sénégal, le Soudan, le Tchad ou le Yémen.

Tout en se félicitant que des lois contre les MGF/E aient été adoptées dans la grande majorité des pays où cette pratique subsiste, le rapport demande qu'on prenne des mesures complémentaires qui tirent parti de dynamiques sociales positives pour faire évoluer les normes sociales.

Le rapport recommande de soumettre ces pratiques à un regard plus critique, afin de contrer l'idée fausse selon laquelle « tout le monde » les approuve. Il insiste aussi sur le rôle que l'éducation peut jouer dans l'évolution des normes sociales et note qu'à un niveau d'instruction plus élevé chez les mères correspond un risque moindre d'excision chez les filles. Il observe aussi que lorsque les filles sont à l'école, elles peuvent s'associer à des personnes qui s'opposent elles aussi aux MGF/E.

Le rapport propose quelques mesures cruciales pour éliminer les MGF/E : tenir compte des traditions culturelles locales plutôt que s'y opposer et reconnaître que les attitudes envers les MGF/E varient selon les groupes à l'intérieur et au-delà des frontières nationales ; chercher à modifier les attitudes individuelles envers les MGF/E tout en intégrant les attentes profondément enracinées des groupes sociaux plus larges ; trouver les moyens de rendre visibles les attitudes secrètement favorables à l'abandon des MGF/E, pour que les familles sachent qu'elles ne sont pas seules. Il s'agit là d'une étape cruciale pour arriver à la masse critique nécessaire et entraîner une réaction en chaîne contre les MGF/E ; renforcer les contacts entre groupes qui pratiquent encore les MGF/E et ceux qui ne le font plus ; promouvoir l'abandon des MGF/E tout en améliorant le statut et les perspectives des filles, plutôt que de défendre des formes plus bénignes, comme une circoncision « symbolique » ; et continuer de recueillir des données pour éclairer les politiques et programmes, élément crucial des initiatives visant à éliminer les MGF/E.

(Extrait sonore : Laurent Duvillier, porte-parole de l'UNICEF pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre, joint à Dakar par Jean-Pierre Amisi Ramazani)

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30/09/2014
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