Malawi : les pistes d'Olivier De Schutter pour briser le cycle de l’insécurité alimentaire

Écouter /

Olivier De Schutter, Rapporteur Spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation

Les récentes politiques de sécurité alimentaire n’ont pas réussi à débarrasser le Malawi de l’insécurité alimentaire chronique et de la malnutrition. C'est l'une des conclusions du Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation, au terme d'une mission d'une dizaine de jours dans ce pays. Olivier De Schutter demande donc à Lilongwe d'aller au-delà de  la «révolution verte» pour se lancer dans ce qu'il qualifie de révolutions brune et bleue misant sur la fertilité des sols et l'irrigation des eaux.

L'expert onusien constate que les efforts menés depuis quelques années n'ont permis au Malawi de diminuer la pauvreté. En effet plus de 50% des Malawites vivent toujours sous le seuil de la pauvreté et le quart de la population vit dans l'extrême pauvreté. « Le Malawi est un cas intéressant d'un pays qui a été vanté à l'échelle internationale pour un programme de subvention aux intrants pour la production de maïs depuis 2005. Mais en même temps, ce pays affronte une malnutrition infantile qui affecte 48% de la population », fait remarquer le Rapporteur spécial. A cet égard, il rappelle que la pauvreté rurale n'a pas vraiment régressé et « semble même avoir augmenté au cours des années récentes ».

Donc c'est un pays qui illustre combien la révolution verte, dans sa version malawienne, ne suffit pas à réduire l'insécurité alimentaire et à lutter de manière durable contre la faim et la malnutrition.

« Ce que le Malawi a fait depuis 2005-2006, notamment concernant l'introduction d'un important programme de subvention aux intrants est très important et a permis sans doute d'éviter des famines », admet-il. Les mesures prises par les autorités sont importantes, notamment concernant l'agriculture elle-même, des programmes de protection sociale, des programmes d'alimentation scolaire ou encore des programmes de travaux publics.

Une paysanne du district de Nsanje, dans le sud du Malawi. (Photo d'archives: J. Kindra/IRIN)

« Mais aujourd'hui, il faut se donner le temps de réfléchir si cette politique est bien soutenable à moyen terme et s'elle ne doit pas être complétée par d'autres politiques », s'interroge Olivier De Schutter.

Dans ces conditions, le Rapporteur spécial plaide pour des révolutions brune et bleue pour compléter la révolution verte menée ces dernières années par le Malawi. Au lieu d'une révolution verte, il défend au Malawi une révolution brune pour renforcer la fertilité des sols par des programmes d'agroforesterie et par la plantation de plantes légumineuses qui peuvent injecter de l'azote dans les sols.  « Je veux parler aussi d'une révolution bleue qui peut améliorer l'irrigation et la capture de l'eau de pluie », souligne-t-il.

Ce sont ces révolutions complémentaires à la révolution verte qui sont aujourd'hui nécessaires. « Et c'est aussi une gestion de la révolution verte qui est beaucoup plus attentive aux besoins des plus petits paysans qui parfois sont moins bien informés ne sont pas les premiers bénéficiaires des programmes de subvention aux intrants » conclut Olivier De Schutter.

(Extrait sonore : Olivier De Schutter, Rapporteur Spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation ; propos recueillis par Alpha Diallo)

 

Classé sous Crise alimentaire, Dossiers.
Le dernier journal
Le dernier journal
19/09/2014
Loading the player ...