Violence à l'encontre des femmes: un problème mondial de santé publique d'ampleur épidémique (OMS)

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La violence physique ou sexuelle est un problème de santé publique qui touche plus d'un tiers des femmes dans le monde. Cette étude de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) relève également que la violence du partenaire intime est la forme la plus courante et elle touche 30% des femmes à l'échelle mondiale.

«Les résultats de cette étude envoient un message fort: la violence à l'encontre des femmes est un problème mondial de santé publique d'ampleur épidémique», a déclaré le Dr Margaret Chan, Directeur général de l'OMS. «Nous constatons également que les systèmes de santé du monde peuvent et doivent en faire plus pour les femmes victimes de violences.»

Concernant la violence du partenaire intime, les régions les plus touchées sont l'Asie du Sud-Est avec une prévalence de 37,7 %, sur la base des données agrégées du Bangladesh, du Timor-Leste de l'Inde, du Myanmar, du Sri Lanka et de la Thaïlande. Suit la Méditerranée orientale prévalence de 37 %.

L'Afrique a une prévalence de 36,6 %, sur la base de données agrégées des pays suivants : Afrique du Sud, Botswana, Cameroun, Éthiopie, Kenya, Lesotho, Libéria, Malawi, Mozambique, Namibie, Ouganda, Rwanda, Swaziland, République démocratique du Congo, République-Unie de Tanzanie, Zambie, Zimbabwe.

Ce rapport présente de façon détaillée les conséquences de la violence sur la santé physique et mentale des femmes et des jeunes filles: fractures, complications de la grossesse, problèmes mentaux, détérioration du fonctionnement social, par exemple.

Il souligne que tous les secteurs doivent collaborer pour éliminer toute tolérance à l'égard de la violence contre les femmes et mieux soutenir celles qui en sont victimes. De nouvelles lignes directrices de l'OMS, officiellement présentées en même temps que le rapport, visent à soutenir les pays désireux d'améliorer les moyens alloués au secteur de la santé dans ce domaine.

S'agissant des conséquences sur la santé de la violence du partenaire intime, les principales conclusions du rapport sont les suivantes: décès et traumatismes ; problèmes de consommation d'alcool ; infections sexuellement transmissibles ; grossesse non désirée et avortement ; ou encore des nourrissons de faible poids de naissance. L'étude montre qu'à l'échelle mondiale, 38% des femmes assassinées l'ont été par leur partenaire intime, et 42% des femmes qui ont connu des violences physiques ou sexuelles d'un partenaire ont souffert de blessures.

L'OMS rappelle que la probabilité de contracter la syphilis, la chlamydiose ou la gonorrhée est 1,5 fois plus élevée chez les femmes qui subissent des violences physiques et/ou sexuelles de leur partenaire. Dans certaines régions (dont l'Afrique subsaharienne), elles ont 1,5 fois plus de risques de contracter le VIH.

La crainte de la stigmatisation empêche nombre de femmes de signaler les actes de violence sexuelle commis par d'autres personnes que leur partenaire. D'autres obstacles encore entravent la collecte de données: ainsi, les pays qui recueillent ces informations sont moins nombreux que ceux qui le font pour la violence du partenaire intime, et les études menées sur ce type de violences utilisent bien souvent des méthodes d'évaluation moins perfectionnées que celles employées pour suivre la violence du partenaire intime.

En dépit de ces obstacles, l'étude a révélé que 7,2% des femmes dans le monde ont signalé des violences sexuelles exercées par d'autres personnes que le partenaire. Du fait de ces actes, elles avaient une probabilité 2,3 fois plus élevée de souffrir de troubles liés à la consommation d'alcool, et 2,6 fois plus élevée de connaître la dépression ou l'anxiété – des chiffres légèrement plus hauts que chez les femmes victimes de violences de partenaires intimes.

En conclusion, le souligne également combien il est urgent d'améliorer les soins prodigués aux femmes victimes de violences. Celles-ci consultent souvent, sans nécessairement dévoiler les causes de leurs blessures ou pathologies. L'OMS a donc publié des nouvelles lignes directrices cliniques et stratégiques destinées à former les agents de santé de toutes les catégories à reconnaître quand les femmes sont exposées à la violence du partenaire et à leur apporter une réponse adaptée.
Ce rapport de l'OMS a été réalisé en partenariat avec la London School of Hygiene & Tropical Medicine et le Conseil sud-africain de la Recherche médicale.

Le rapport, intitulé Estimations mondiales et régionales de la violence à l'encontre des femmes: prévalence et conséquences sur la santé de la violence du partenaire intime et de la violence sexuelle exercée par d'autres que le partenaire est la première étude systématique jamais menée à partir de données mondiales sur la prévalence de la violence à l'encontre des femmes, que celle-ci soit le fait de leur partenaire ou d'autres personnes.

(Interview : Dr Flavia Bustreo, Sous-Directeur général de l'OMS chargé de la Santé de la famille, de la femme et de l’enfant ; propos recueillis par Alpha Diallo)

Classé sous L'info, Le journal direct.
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17/09/2014
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