Syrie: la Commission d'enquête de l'ONU estime probable l'usage d'agents chimiques

Écouter /

La Commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie lors d’une conférence de presse le 3 juin 2013 à Genève (Photo: ONU/Violaine Martin).

Le conflit a atteint un nouveau degré dans la brutalité, a affirmé ce mardi à Genève la commission d’enquête de l’ONU sur la Syrie. Crimes de guerre et crimes contre l’humanité sont perpétrés quotidiennement par les forces gouvernementales et, avec une moindre intensité, par les rebelles. L'équipe de Sergio Pinheiro dénonce aussi l’usage d’agents chimiques dans au moins quatre occasions en Syrie en mars et avril.

—-

La Commission d’enquête de l'ONU sur la Syrie estime qu’il y a des motifs raisonnables de penser que des quantités limitées de produits chimiques ont été utilisés. Les enquêteurs font état de 4 événements (à Khan Al-Assal près d’Alep le 19 mars; à Uteibah près de Damas le 19 mars; dans le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep 13 avril; et dans la ville de Saraqeb le 29 avril dernier. Des incidents lors desquels ces agents auraient été utilisés, mais l'équipe de Pinheiro n’a pas pour l’instant identifié la nature de ces produits chimiques, ni les systèmes d’armes employées ou leurs auteurs. « Nous avons des interviews de victimes, de réfugiés et de personnel médical », a expliqué le président de la Commission, le Brésilien Paulo Pinheiro.

Extrait sonore  de Paulo Pinheiro (30 secondes) :

« Il ne faut pas laisser ce débat sur les armes chimiques mettre dans un deuxième plan les horreurs qui sont commis par des armes conventionnelles en Syrie. Des civils continuent à être tués, non pas par des armes chimiques, mais par les bombardements, des attaques indiscriminées contre les civils, de massacres. Donc il ne faut pas véritablement que la terrible violence et les souffrances de la population soient reléguées par la question de l'utilisation des armes chimiques. »

Les enquêteurs accusent l’armée, aidée de milices et de combattants étrangers de commettre des meurtres, actes de torture, viols, déplacements forcés et autres actes inhumains. « Nombre d’entre eux commis dans le cadre d’attaques généralisées et systématiques contre les civils », a affirmé M. Pinheiro. Le rapport indique aussi que l’armée, soutenue par les Comités Populaires, prive les villes de nourriture et de médicaments afin d’empêcher l’expansion des groupes armés et d’obliger les populations à se déplacer.

Par ailleurs, la Commission accuse aussi les groupes armés de l’opposition d’avoir commis des crimes de guerre, dont des exécutions extrajudiciaires ou des actes de torture, et de mettre en danger la vie de la population en disposant des objectifs militaires près de zones civiles, mais elle note une fois de plus que ces exactions n’ont pas atteint l’intensité et l’ampleur de celles commises par les forces gouvernementales et les milices qui leurs sont affiliées.

Agissant sous mandat du Conseil des droits de l’Homme, la Commission d’enquête n’a toujours pas reçu le feu vert de Damas pour se rendre en Syrie. Depuis le début de son mandat en septembre 2011, elle a réalisé 1.630 interviews dans la région et à Genève et enquête sur 30 allégations de massacres, dont 17 auraient été commis depuis le 15 janvier.

(Mise en perspective d'Alpha Diallo à Genève, avec un extrait sonore de Paulo Pinheiro, Président de la Commission d’enquête de l'ONU sur la Syrie)

Le dernier journal
Le dernier journal
21/08/2014
Loading the player ...