Paulo Pinheiro: “Crimes de guerre et contre l’humanité sont une réalité quotidienne en Syrie”

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La Commission d’enquête des Nations unies sur la Syrie affirme que l’armée régulière fidèle au président Assad tout comme les insurgés se livrent à des crimes de guerre et ont probablement chacun utilisé des armes chimiques en petite quantité. « Le conflit en Syrie a atteint un nouveau niveau de brutalité », lit-on dans le rapport de 29 pages qui comptabilise 17 massacres auraient été commis depuis le 15 janvier.

Le rapport documente aussi pour la première fois l’utilisation d’armes chimiques. Selon la commission, il y a des raisons suffisantes de croire que ces armes ont été utilisées par les deux parties, mais surtout par les forces gouvernementales. Des analyses supplémentaires sont nécessaires.

Au sujet des graves violations des droits humains, le document note que les autorités syriennes devront avoir des comptes à rendre pour leur politique qui inclut le siège et le bombardement de villes et les exécutions de civils. « Les violations sont constantes et généralisées, preuve d’une politique concertée mise en œuvre par les chefs de l’armée et du gouvernement », écrit l'équipe dirigée par Paulo Pinheiro. Selon la Commission d'enquête, les forces gouvernementales et les milices qui les soutiennent se sont rendues coupables de meurtres, d’actes de torture, de viols et d’autres actes inhumains.

Les rebelles syriens ont également assassiné des civils et des soldats faits prisonniers, souvent à l’issue de procès expéditifs, “mises en scène” illustrant le caractère de plus en plus confessionnel du conflit, selon l’Onu. « Ils (les insurgés) continuent à mettre en danger la population civile en plaçant des objectifs militaires dans des zones civiles », dit le rapport. Les crimes de guerre commis par les rebelles – meurtres, torture et viols – n’ont toutefois pas atteint l’intensité et l’ampleur de ceux auxquels se livrent les forces gouvernementales et leurs alliés, insistent les experts.

La commission d’enquête appelle le Conseil de sécurité des Nations unies à s’assurer que les responsables de tels crimes seront traduits en justice, y compris éventuellement devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye.

Il s’agit du cinquième rapport rendu en 26 mois d’un conflit qui a fait plus de 80.000 morts depuis mars 2011.

(Interview : Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d’enquête de l'ONU sur la Syrie ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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15/09/2014
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