Najat-Vallaud Belkacem : “le corps des femmes est devenu un champ de bataille”

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Parmi les ministres et personnalités venues lundi faire entendre leurs voix lundi à New York, figure Najat-Vallaud Belkacem, Ministre française des droits des femmes. La porte-parole du gouvernement a fait valoir que nous vivons aujourd'hui dans un monde dans lequel le viol est utilisé comme une arme de destruction physique, psychologique et sociale, où « le corps des femmes est devenu un véritable champ de bataille ». Ces violences sexuelles commises en période de conflit ne doivent en aucun cas tomber dans l'oubli ou rester impunies.

La communauté internationale s'est saisie de cette question depuis maintenant dix ans, en adoptant notamment la résolution 1325, puis des résolutions successives. D'importants progrès ont été accomplis depuis. Des progrès politiques, grâce aux efforts de la Représentante spéciale sur les violences sexuelles dans les conflits. Des progrès judiciaires, par ailleurs, avec les tribunaux ad hoc créés par le Conseil de sécurité, puis la Cour pénale internationale (CPI), ont intégré les violences sexuelles parmi les crimes relevant de leur juridiction. La reconnaissance des violences sexuelles, notamment le viol, comme crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide a constitué une avancée majeure et un instrument efficace de lutte contre l'impunité et dissuasif. Des progrès au plan normatif, avec la récente adoption du Traité sur le Commerce des armes, premier traité juridiquement contraignant.

Pour autant, le chemin à parcours est encore long, a souligné la Ministre française, tant l'ampleur et la permanence des violences sexuelles dans les conflits actuels restent intolérables. Et de citer les conflits en RDC, en Syrie et au Mali.

Pour Najat Vallaud-Belkacem, quatre actions doivent se poursuivre afin de lutter contre les violences sexuelles dans les conflits. Ces quatre actions poursuivent quatre objectifs, les 4 « P » : prévention, protection, poursuites et participation des femmes aux processus de paix et de reconstruction.

 

En premier lieu, il faut renforcer la protection sur le terrain : les conseillers de protection des femmes jouent un rôle essentiel. La France souhaite que leur déploiement au sein des missions de maintien de la paix et des missions de maintien de la paix et politiques soit étendu au-delà de la République démocratique du Congo et du Mali et qu'elles disposent des moyens concrets de leur action.

En deuxième lieu, il s'agit d'assurer l'accès aux services pour les victimes, en particulier aux services de santé sexuelle et reproductive.

En troisième lieu, il faut donner à la lutte contre l'impunité toute sa réalité. Le stigmate et la honte doivent changer de camp, pour que la victime ne soit plus celle qui subisse les conséquences du crime. Cette tâche revient avant tout aux gouvernements qui ont la responsabilité de poursuivre et de punir. Mais lorsque les États sont défaillants, la CPI, à vocation universelle, peut et doit jouer tout son rôle.

Enfin, la participation des femmes dans la résolution des conflits est la seule réponse durable. La mise en œuvre par la communauté internationale de la résolution 1325 doit se poursuivre sans relâche. Depuis son adoption, la prise de conscience de cette évidence a progressé mais tarde à se concrétiser sur le terrain. Au Mali comme en Syrie, en République démocratique du Congo, en Afghanistan, en Côte d'Ivoire, en République centrafricaine, au Soudan ou en Libye, les femmes doivent pleinement contribuer à la stabilisation de leur pays. Aucune transition ne sera durable sans la prise en compte et la participation de la moitié de l'humanité.

Les plans d'actions nationaux de mise en œuvre de la résolution 1325 sont, à cet égard, un instrument essentiel qui devra être généralisé.

Dans le cadre de son plan d'action, la France a engagé des programmes de coopération en matière de lutte contre les violences faites aux femmes en Afrique et dans le Monde arabe, en partenariat avec ONU Femmes. Nous avons récemment alloué une dotation spécifique pour des programmes au Mali, mis en œuvre par des ONG locales, destinées notamment à soutenir la participation des femmes aux processus politiques. En République démocratique du Congo, plus de 2 millions d'euros ont été consacrés depuis 2012 au soutien à des ONG congolaises pour lutter contre les violences sexuelles et renforcer la participation des femmes aux processus décisionnels.

C'est, dans ce même esprit, que le Président de la République française a annoncé l'organisation à Paris en décembre prochain d'un sommet pour « la Paix et la sécurité en Afrique ».

(Extrait sonore : Najat-Vallaud Belkacem, Ministre française des droits des femmes et porte-parole du gouvernement)

Classé sous L'info, Le journal direct.
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18/09/2014
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