Myanmar : Navi Pillay demande aux autorités de combattre la discrimination contre les minorités Rohingas

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Un camp de personnes déplacées près de Sittwe, dans l’état de Rakhine, au Myanmar (Photo:HCR).

La Chef des droits de l’homme de l'ONU a appelé ce mercredi les autorités du Myanmar à accorder une attention particulière à la lutte contre la discrimination persistante à l’encontre des minorités ethniques et religieuses. Navi Pillay redoute que la poursuite des violations des droits de l'homme contre les communautés Rohingas dans l’Etat de Rakhine et la propagation d'un sentiment anti-musulman menacent le processus de réforme en cours au Myanmar. « Ces populations sont exposées à un sentiment anti-musulman à travers l'ensemble du pays », fait remarquer Cécilie Pouilly, porte-parole du Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme.

Les services de Navi Pillay rappellent que mardi 4 juin dernier, trois femmes de la minorité musulmane apatride ont été tuées par balle lors d’un incident dans l’ouest du Myanmar au cours duquel la police aurait ouvert le feu sans distinction sur des Rohingas. Ces dernières manifestaient contre l’emplacement proposé de leurs nouveaux foyers, leurs anciennes maisons ayant été détruites l’année dernière lors des violences intercommunautaires.

En mars dernier, d'autres manifestations antimusulmanes ont fait 43 morts et occasionné la destruction de plus de 1500 bâtiments à Meiktila, dans la région de Mandalay. En 2012, deux vagues de violences entre Rohingas et bouddhistes de l’ethnie Rakhine avaient fait quelque 200 morts et plus de 140.000 déplacés, en grande majorité des Rohingas, forcés de fuir leurs villages incendiés. Ces violences avaient obligé des milliers de musulmans à fuir leur pays en bateau dans le golfe du Bengale. Des centaines d’entre elles se seraient noyées en haute mer et beaucoup d’autres ont rejoint des pays comme la Thaïlande, la Malaisie et l’Indonésie.

Le Haut Commissariat aux droits de l'homme continue à recevoir des informations crédibles selon lesquelles « des violations généralisées et systématiques des droits humains ont été perpétrées par des agents de l’État contre les Rohingas et plus largement contre les populations musulmanes de Rakhine ». Ces allégations portent sur des crimes graves, comme les « exécutions extrajudiciaires, les viols et violences sexuelles, les détentions arbitraires, les actes de torture et les mauvais traitements en détention, les décès en détention et le refus d’un procès équitable et du droit à un procès équitable ».

Lors de sa 23e session de ce mois de juin, le Conseil des droits de l’homme avait dénoncé les violences exercées par les autorités de Nay Pyi Daw à l’encontre de la minorité musulmane des Rohingas, dans l’Etat de Rakhine. Il demandait au gouvernement du Myanmar d’y mettre un terme immédiatement. La déclaration présidentielle invite Nay Pyi Daw à accorder la pleine citoyenneté à la minorité musulmane et à donner un accès sans entraves aux organisations humanitaires.

Par ailleurs, les autorités locales de l’Etat Rakhine ont rappelé en mai dernier aux musulmans Rohingas qu’ils ne pouvaient avoir plus de deux enfants. « C'est absolument scandaleux. Cette décision prise par des autorités locales est totalement discriminatoire et totalement illégale au regard du droit international et qui doit être revue et annulée dans les plus brefs délais », conclut Cécile Pouilly.

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut Commissariat aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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16/04/2014
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