OIT : la protection sociale est cruciale pour combattre le travail des enfants

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Un rapport du Programme international pour l'abolition du travail des enfants (IPEC) de l'OIT affirme que les politiques de protection sociale peuvent jouer un rôle clé dans la lutte contre le travail des enfants qui touche actuellement quelque 215 millions d'enfants dans le monde.

Le «Rapport mondial sur le travail des enfants: vulnérabilité économique, protection sociale et lutte contre le travail des enfants» est une nouvelle étude de l'Organisation internationale du travail (OIT) qui porte sur les différents types de mesures en matière de protection sociale qui peuvent aider à lutter contre le travail des enfants. Il s'agit notamment des dispositifs de transferts en espèces, de la sécurité sociale et de la sécurité du revenu pour les personnes âgées.

Par exemple, au Brésil le programme de transferts en espèces Bolsa Familia qui verse aux familles un certain montant par mois à condition que leurs enfants aillent à l'école, a joué un rôle essentiel dans la réduction du travail des enfants à la fois dans les zones rurales et les zones urbaines.

Au Cambodge, le travail des enfants a diminué de 10% suite à l'introduction d'un programme de bourses dans le cadre du Projet d'appui au secteur de l'éducation.

Quelque 215 millions d'enfants travaillent dans le monde. Ce chiffre est issu du dernier Rapport global publié en 2010.  De nouveaux chiffres devraient paraître en septembre 2013. Ils indiquent que 115 millions d'enfants sont enrôlés dans les pires formes de travail des enfants – pratiques assimilables à l'esclavage, servitude pour dette, offre d'enfants à des fins de prostitution, implication dans des activités illicites et des travaux dangereux pour leur santé, leur sécurité ou leur moralité. De plus, 15,5 millions d'enfants sont engagés dans le travail domestique.

La plupart des enfants qui travaillent continuent d'être employés dans l'agriculture, soit 60%. Seul un enfant qui travaille sur cinq occupe un emploi rémunéré. L'immense majorité travaille sans toucher de rémunération au sein de la famille.

Le rapport, qui est le premier d'une série, cite une étude menée au Guatemala montrant que les enfants issus de ménages dont l'un des membres au moins est couvert par une assurance santé sont 4,5% moins susceptibles de travailler.

La pension de vieillesse est un autre thème analysé par les auteurs. En Afrique du Sud, au Botswana, au Malawi, en Namibie, en Tanzanie et au Zimbabwe, par exemple, 50 à 60% des orphelins vivent avec leurs grands-parents. Dans ces foyers, le degré de sécurité du revenu pendant la vieillesse joue un rôle considérable pour limiter le travail des enfants.

«Ce rapport contribue à faire mieux comprendre les fragilités économiques et sociales sous-jacentes qui sont à l'origine du travail des enfants», déclare Constance Thomas, Directrice du Programme international pour l'abolition du travail des enfants (IPEC).

«Il montre clairement qu'investir dans la protection sociale à travers des socles de protection sociale définis au plan national constitue un volet crucial du combat contre le travail des enfants, ce qui englobe aussi l'accès à des emplois décents pour les adultes et à l'éducation pour les enfants.»

Selon les statistiques de l'OIT, plus de 5 milliards de personnes – environ 75% de la population mondiale – n'ont pas de véritable accès à une protection sociale universelle.

Le rapport défend l'idée qu'étendre la protection sociale, conformément à la recommandation de l'OIT sur les socles de protection sociale adoptée il y a moins d'un an, devrait constituer une part déterminante des stratégies nationales de lutte contre le travail des enfants. Les socles nationaux de protection sociale devraient au moins inclure un niveau minimum de sécurité du revenu tout au long de la vie, ainsi que l'accès aux soins essentiels de santé.

Les auteurs recommandent aussi d'introduire des mesures spécifiques au travail des enfants dans les régimes de sécurité sociale, de renforcer les capacités et les cadres juridiques nationaux, ainsi que d'étendre la couverture aux catégories d'enfants les plus vulnérables comme les enfants qui vivent avec le VIH, les enfants migrants, les enfants issus de minorités ethniques marginalisées, de groupes indigènes et d'autres groupes exclus sur le plan social et économique.

(Interview: Pedro Américo Furtado de Oliveira, Spécialiste du travail des enfants au BIT; propos recueillis par Alpha Diallo)

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18/04/2014
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