Myanmar: un expert de l'ONU appelle le gouvernement à lutter contre l'impunité pour les crimes commis à Rakhine

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Tout en saluant les efforts récents du gouvernement du Myanmar pour enquêter sur les violences interconfessionnelles qui ont éclaté l’an dernier dans l’État de Rakhine, un expert des Nations Unies a souligné mercredi qu’il restait encore beaucoup à faire pour mettre fin à la discrimination et faire traduire les responsables en justice.

Le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Myanmar, Tomás Ojea Quintana, a déclaré que, si les recommandations du rapport de la Commission d’enquête sur Rakhine prennent en compte la situation humanitaire dans la région, elles continuent toutefois de limiter la liberté de mouvement de la communauté musulmane en particulier.

« Le rapport de la Commission d’enquête contient de nombreuses recommandations intéressantes que j’encourage le gouvernement du Myanmar à mettre en œuvre », a déclaré M. Ojea Quintana, après avoir examiné les conclusions rendues par ses 27 membres de cette Commission, mise en place l’an dernier par le président Thein Sein à la suite des violences entre bouddhistes et musulmans qui ont culminé en juin 2012, puis à nouveau en octobre.

Au nombre de ses recommandations, figurent des mesures visant à atténuer la terrible situation humanitaire qui règne dans les camps établis pour les personnes déplacées musulmanes, marquée par la surpopulation, le manque d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, les risques de maladie, l’insécurité alimentaire et la malnutrition des enfants, ainsi que le manque de services éducatifs et de moyens de subsistance.

« Toutefois, dans le cadre de cette mise en œuvre, j’exhorte de toute urgence les autorités à assouplir les restrictions sévères et disproportionnées imposées à la liberté de mouvement des populations musulmanes dans ces camps mais aussi dans les zones résidentielles, comme celle d’Aung Mingala à Sittwe, et ailleurs dans le nord de l’État de Rakhine, tout en offrant une sécurité suffisante », a-t-il dit.

Ces restrictions ont considérablement aggravé la situation humanitaire, a-t-il dénoncé: « Nous sommes au début du mois de mai et ces restrictions restent fermement en place ». Dans un rapport présenté il y a quelques mois au Conseil des droits de l’homme, M. Ojea Quintana avait noté que le site de Taung Paw, à Myebon, ressemblait davantage à une prison qu’à un camp de déplacés.

Le Rapporteur spécial a salué les recommandations faites dans le rapport de doubler la présence des forces de sécurité à Rakhine, tout en soulignant que l’obligation de reddition de comptes devait également figurer en bonne place dans les priorités du gouvernement.

« J’ai reçu des informations crédibles selon lesquelles des violations généralisées et systématiques des droits humains ont été perpétrées par des agents de l’État contre les Rohingya et plus largement contre les populations musulmanes de Rakhine. Ces allégations portent sur des crimes graves, comme les exécutions extrajudiciaires, les viols et violences sexuelles, les détentions arbitraires, les actes de torture et les mauvais traitements en détention, les décès en détention et le refus d’un procès équitable et du droit à un procès équitable », a énuméré M. Ojea Quintana.

« En vertu du droit international et de la législation du Myanmar, le gouvernement a l’obligation d’enquêter sur ces allégations de manière efficace, rapide, exhaustive et impartiale et, le cas échéant, de prendre des mesures à l’encontre des responsables », a-t-il insisté, affirmant que la notion de responsabilité faisait partie intégrante du rétablissement de relations de confiance intercommunautaires.

Le Rapporteur spécial a également exprimé sa préoccupation devant la recommandation selon laquelle les communautés devraient continuer d’être séparées les unes des autres « tant que les émotions restent vives », assurant au contraire que le gouvernement devait envisager de les réintégrer afin d’éviter une ségrégation permanente.

« J’ai toujours dit que la discrimination contre les musulmans Rohingya dans l’État de Rakhine était l’une des causes sous-jacentes du conflit violent entre les communautés de la région », a-t-il affirmé. « L’apatridie des 800.000 Rohingya est à la base de leur marginalisation et les rend particulièrement vulnérables à la discrimination et aux violations des droits de l’homme. »

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

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31/07/2014
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