Guantanamo: les services de Navi Pillay dénoncent l’alimentation forcée des grévistes de la faim

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Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme s’insurge contre l’alimentation forcée de détenus, une pratique actuellement en cours dans la prison américaine de Guantanamo. L’alimentation forcée de détenus à Guantanamo où un nombre croissant de détenus sont en grève de la faim, n’est « jamais acceptable », a indiqué, ce mercredi à Genève, un porte-parole du Haut-commissariat de l’ONU aux droits de l’homme.

Dans un communiqué diffusé le 5 avril dernier, la Chef des droits de l'homme de l'ONU avait déjà rappelé qu’elle encourageait toujours les détenus à « utiliser des moyens de protestation moins dangereux » mais « compte tenu de cette détention apparemment sans fin, il n’est pas surprenant qu’ils recourent à des mesures aussi désespérées ».

Sur la question de l’alimentation forcée, l’ONU suit les directives de l’Association médicale mondiale (AMM), organisation internationale de médecins fondée en 1947 pour assurer les plus hautes normes possibles en matière d’éthique et de soins et qui compte les Etats-Unis parmi sa centaine de membres.

Or selon l’AMM, souligne Cécile Pouilly, « l’alimentation forcée n’est jamais acceptable ». « Même dans un but charitable, l’alimentation accompagnée de menaces, de coercition et avec recours à la force ou à l’immobilisation physique est une forme de traitement inhumain et dégradant », indique l’AMM dans sa Déclaration de Malte.

« Si c’est perçu comme un acte de torture ou un traitement dégradant — et c’est le cas, c’est douloureux — alors c’est interdit par la loi internationale », fait-on remarquer du côté du Palais Wilson à Genève, faisant référence notamment à la convention contre la torture et autres peine ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

« Tout autant inacceptable est l’alimentation forcée de certains détenus afin d’intimider ou de contraindre les autres grévistes de la faim à cesser de jeûner », ajoute le document, cité par le porte-parole de l’ONU.

L’AMM précise que « l’alimentation artificielle peut se justifier sur le plan éthique si les grévistes de la faim l’acceptent. On peut aussi l’accepter si des personnes privées de leurs capacités n’ont pas laissé d’instructions préalables basées sur leur libre arbitre ».

Les directives de l’AMM pour la prise en charge des grévistes de la faim prévoient que lorsqu’un prisonnier refuse toute nourriture et que le médecin estime que celui-ci est en état de formuler un « jugement conscient et rationnel » quant aux conséquences qu’entraînerait son refus de se nourrir, il ne doit pas être alimenté artificiellement.

En outre, la décision en ce qui concerne la capacité du prisonnier à exprimer un tel jugement doit être confirmée par au moins un deuxième médecin indépendant. Le médecin doit par ailleurs expliquer au prisonnier les conséquences que sa décision de ne pas se nourrir pourrait avoir sur sa santé.

Le 5 avril dernier, la Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies avait appelé « tous les services du gouvernement américain à agir ensemble » pour fermer le centre de détention de Guantanamo. Le maintien en détention indéfinie d’un aussi grand nombre de détenus équivaut à « de la détention arbitraire » et « viole les lois internationales », avait-t-elle dit dans un communiqué. « Je suis particulièrement déçue que le gouvernement n’ait pas réussi à fermer Guantanamo en dépit de ses engagements réitérés », avait ajouté Navi Pillay. Environ la moitié des 166 personnes encore détenues ont été jugées aptes à une libération et un renvoi dans leur pays d’origine ou dans un autre pays, soulignait-elle.

(Interview : Cécile Pouilly, porte-parole du Haut Commissariat aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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15/04/2014
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