Moyen-Orient : l’OIT évalue à 600.000 le nombre de travailleurs forcés

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L’Organisation internationale du travail (OIT) évalue à 600.000 le nombre de travailleurs forcés au Moyen-Orient. Intitulé « Piégés et coincés: les trafics de personnes au Moyen-Orient », ce rapport rédigé au terme de 650 entretiens sur une période de deux ans en Jordanie, au Liban, au Koweït et aux Emirats arabes unis, a été présenté mardi 9 avril, à l’ouverture d’une conférence de deux jours à Amman de l'OIT. L'organisation appelle donc à créer des garde-fous pour mettre un terme à leur exploitation, notamment sexuelle, et à réformer le système de la « kafala » qui oblige la main d’œuvre étrangère à être parrainée.

« L’immigration de travail dans cette région du monde est sans pareille par son ampleur et sa croissance, qui a été exponentielle ces dernières années », fait remarquer l'OIT. Le défi est de mettre en place des garde-fous, à la fois dans les pays d’origine et les pays de destination, pour empêcher l’exploitation et les abus dont sont victimes ces travailleurs.

L'OIT pointe ainsi du doigt la « kafala », qui « gouverne les vies de la plupart des travailleurs immigrés dans les pays du « Machrek » et du Conseil de coopération du Golfe (CCG), soit plus de 12 millions de personnes. Ce système de garant impose à chaque étranger dans ces pays d’avoir un « kafil », un ressortissant du pays hôte -souvent son employeur- qui est responsable de son visa et de son statut légal dans le pays d’accueil et dont il doit obtenir l’aval pour tout acte de la vie civile.

« Réformer le système de la « kafala » améliorerait beaucoup la gestion des migrations liées au travail », souligne le rapport. Les Arabes ont généralement un accès plus facile au marché du travail dans le Golfe que les migrants africains ou asiatiques soumis à la kafala, indique l’étude. L’étude critique les défauts des législations encadrant le travail, qui « aggravent les vulnérabilités des travailleurs immigrés », ainsi que des « lacunes significatives » dans la loi qui « restreignent la capacité des travailleurs immigrés à s’organiser, mettre fin à un contrat de travail et changer d’employeur ».

Par ailleurs, dans certains secteurs employant surtout des hommes, « des travailleurs sont régulièrement trompés concernant les conditions de vie et de travail », souligne le rapport. Ainsi, des migrants d’Asie, dont le Bangladesh, le Népal ou le Sri Lanka, recrutés comme travailleurs domestiques, se retrouvent « à garder des troupeaux dans le désert ».

Le rapport souligne la « vulnérabilité particulière » de femmes africaines ou asiatiques « dupées et contraintes à une exploitation sexuelle ». De même, des femmes, venues pour des emplois d’infirmières ou d’enseignantes, sont enlevées à leur arrivée et contraintes à « fournir des services sexuels à des clients dans des appartements ou des villas privés ou isolés ».

L’étude souligne aussi le poids de la dette contractée par de nombreux migrants, notamment asiatiques, envers des agences de recrutement: en moyenne 550 dollars, mais parfois beaucoup plus, les laissant « criblés de dettes ».

(Extrait sonore : Hélène Harroff-Tavel, Experte en matière de migration et de traite des êtres humains à l'OIT ; Propos recueillis par Alpha Diallo)

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28/08/2014
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