FMI : Réformer les subventions énergétiques en Afrique

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Les subventions énergétiques jouent un rôle important dans de nombreuses régions du monde, estime le Fonds monétaire international (FM). En subventionnant le secteur de l'énergie, les pouvoirs publics maintiennent le prix de l'énergie à un niveau inférieur à ce qu'il serait sans ces subventions. Cela peut aider les pauvres en leur permettant d'accéder à l’énergie à meilleur prix.

Une nouvelle étude du FMI indique toutefois que ces subventions n'ont pas toujours pour effet d'aider les plus démunis. Comme l'explique Roger Nord, du département Afrique du FMI le coût élevé des subventions signifie que moins de ressources sont consacrées aux dépenses de protection sociale.

A la fin du mois de mars, lors de la présentation de l'étude par David Lipton, Premier Directeur général adjoint du FMI, ce dernier a rappelé que pendant des décennies, les subventions énergétiques se traduisaient dans la pratique par des actions des pays producteurs de pétrole qui faisaient bénéficier leur population de prix bas pour l'essence et les produits pétroliers. Or, depuis quelques années, des pays constatent que les subventions énergétiques deviennent trop lourdes à supporter. Ainsi, dans certains pays, les déficits budgétaires sont devenus ingérables et menacent la stabilité de l'économie. Là où les systèmes politiques ont favorisé la constitution d'un volume énorme de subventions qui s'alourdit sans cesse, en partie pour répondre aux revendications des populations, les pays souffrent aujourd'hui de paralysie budgétaire et de pénuries d'énergie.

Selon le FMI, la plupart des pays recourent à de telles subventions, et dans une vingtaine de pays, les subventions énergétiques dépassent actuellement 5 % du PIB. Or, outre les déséquilibres budgétaires, les subventions énergétiques posent un problème plus large aux multiples ramifications, qui a de lourdes conséquences pour un grand nombre de pays, mais aussi pour l'économie mondiale et l'environnement. Le G-20 en a pris acte lors du Sommet de ses dirigeants à Pittsburgh en 2009, et s'est engagé à supprimer à moyen terme toutes les subventions inefficientes aux combustibles fossiles.

Le FMI fait remarquer que la réforme des subventions énergétiques n'est pas une idée nouvelle. En effet, dans plusieurs cas, le FMI et les autorités nationales réfléchissent depuis des décennies aux réformes qui pourraient être entreprises dans ce domaine. Bien que tout le monde s'accorde à reconnaître leurs conséquences négatives, les subventions énergétiques s'avèrent difficiles à réformer. La flambée des prix internationaux de l'énergie ces dernières années a donné encore plus d'acuité à cette question, notamment, au sein du G-20.

Les subventions ont des conséquences qui dépassent largement leur coût budgétaire. D'abord, les prix bas et subventionnés ont pour effet de dissuader le secteur privé et les entreprises d'État d'investir dans le secteur de l'énergie pour développer la production. Ensuite, les subventions font obstacle aux dépenses publiques qui pourraient stimuler la croissance, notamment celles qui iraient aux infrastructures, à l'éducation, à la santé et aux dispositifs de protection sociale. Autre conséquence, les subventions aboutissent à une mauvaise allocation des ressources au profit des activités à forte intensité de capital et d'énergie, qui recourent de façon excessive aux technologies subventionnées.

Mais ce n'est pas tout. En augmentant la consommation d'énergie, les subventions créent des tensions sur la balance des paiements des pays importateurs nets d'énergie. De plus, en encourageant la consommation d'énergie et par conséquent les émissions de gaz à effet de serre, les subventions accentuent le changement climatique et aggravent la pollution locale et les encombrements.

Enfin, les subventions énergétiques aggravent les inégalités parce qu'elles bénéficient essentiellement aux ménages les plus aisés, qui sont aussi ceux qui consomment le plus d'énergie. Ainsi, en Afrique, une large majorité de pauvres ne bénéficient pas du tout des subventions à la consommation d'électricité parce qu'ils ne sont même pas raccordés au réseau électrique.

(Interview : Roger Nord, du département Afrique du FMI; propos recueillis par Lika Gueye du FMI)

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24/07/2014
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